Manuel Valls « fier » de la loi Travail

, par Michel DECAYEUX

12 Mai 2016 AFP / Les échos / le monde /le Figaro etc.

Se montrant offensif, Manuel Valls défend sa réforme en saluant le travail de la ministre du Travail, Myriam El Khomri et assure qu’il y a eu un débat en commission à l’Assemblée nationale

Concernant le 49.3 qui fait bouillir les députés ce mardi, après celui sur la loi Macron en 2015, Manuel Valls affirme ne pas l’utiliser pour « passer en force » mais parce qu’il « pense que cette loi est utile ». « Vous pensez un seul instant que ça me fait plaisir d’utiliser une arme constitutionnelle qui a déjà été utilisée 83 fois depuis 1958 ?, a-t-il assuré. Ca me fait mal au cœur d’avoir à utiliser ce type d’instrument, mais je ne le fais pas pour passer en force... ». « On va continuer à réformer et à faire ce travail que les Français attendent », ajoute le chef du gouvernement qui dit ne pas « craindre » un renversement de son gouvernement

Après la motion de censure déposée aussitôt après son discours au palais Bourbon par l’opposition de droite (UDI, Les Républicains), et peut être par une partie de la gauche qui a n’a pas souhaité voter cette loi, poussant ainsi le Premier ministre à utiliser ce fameux 49.3 Dans la matinée, Manuel Valls avait donné le ton, irritant une partie des députés de sa majorité hostiles à la loi Travail. Il a donc recouru, dans l’après-midi, à l’article 49.3 de la Constitution lui permettant d’engager sa responsabilité devant l’Assemblée nationale pour ce texte. Le projet de loi est alors considéré comme adopté, sans vote, sauf si la motion de censure est votée, jeudi, par l’Assemblée. Mais le chef du gouvernement ne craint pas, une nouvelle fois, que cette motion soit approuvée par la majorité absolue des députés et qui pousserait le gouvernement à la démission.

S’agissant des frondeurs socialistes ou des députés du Front de gauche qui menacent de déposer leur propre motion de censure (décision attendue mercredi matin), Manuel Valls, droit dans ses bottes, l’assure :« à chacun de prendre sa responsabilité. S’il y a des députés de gauche qui veulent voter la motion de censure, qu’ils le fassent ». Et d’ajouter illico :« mais quelle contradiction ! Ca veut dire qu’ils approuvent un projet (de la droite, ndlr) qui met en cause concrètement le modèle social que nous, nous modernisons, mais dont nous gardons les grands principes et les valeurs ».

Visiblement remonté contre certains de ses camarades de gauche, le Premier ministre estime que « les conservateurs se retrouvent pour empêcher cette réforme ». Puis de poursuivre, un brin tendu : « oui, il y avait un problème de majorité, parce que les contraires se rencontraient. Ceux qui veulent s’en prendre à notre modèle social, du côté de la droite, qui veulent supprimer des dizaines de milliers de postes de fonctionnaires, mettre en cause le rôle des corps intermédiaires c’est-à-dire le rôle des syndicats ou ceux qui pensent qu’il faut rester à ce qui existait jusqu’à maintenant ». Après la fronde des députés, le Premier ministre devra aussi affronter le mouvement social. A l"issue ce mardi d’une réunion intersyndicale, sept syndicats opposés au projet de loi travail, dont la CGT et FO, ont appelé en effet leurs organisations respectives à deux nouvelles journées de grèves et manifestations les 17 et 19 mai.

Projet de loi travail : Manuel Valls recourt au 49-3 164

« Etre à l’écoute, ce n’est pas être à l’arrêt », lance El Khomri

« L’utilisation du 49-3 n’est ni inédite, ni illégitime », assure Myriam El Khomri. Sur France Info, la ministre défend toute idée de déni démocratique et de passage en force. « Si le gouvernement avait renoncé, avait accepté que 10% des députés socialistes dénaturent le texte, c’est ça qui aurait été antidémocratique », assume-t-elle. Selon elle, « la démocratie, ce n’est pas l’impuissance c’est aussi la force des convictions ». Myriam El Khomri insiste pour dire qu’il « y a eu des débats, mais être à l’écoute, ce n’est pas être à l’arrêt ». La ministre du Travail rappelle qu’il y avait des « amendements pour enrichir le texte » et que le gouvernement ne fait pas passer son texte initial mais celui qui a évolué avec les discussions, preuve selon elle que des critiques ont été entendues.