UE : Les Français sont 10% moins nombreux à travailler que les Allemands

, par Michel DECAYEUX

Une enquête annuelle d’Eurostat montre d’énormes différences des taux d’emploi de la population à travers l’Europe, et notamment entre la France et l’Allemagne.

le 26/04/2016 Fig. Eco.

Pourquoi l’Allemagne a-t-elle de meilleures performances économiques, et notamment en matière de croissance, que la France ? À cette question élémentaire, mais dont les réponses des économistes sont parfois excessivement compliquées, la Commission européenne apporte une explication toute simple : parce qu’ils travaillent plus. L’enquête réalisée par Eurostat, l’institution chargée des statistiques dans l’ensemble de l’Union européenne et pour quelques pays proches comme la Suisse, montre que 78% des Allemands âgés de 20 à 64 ans occupaient un emploi en 2015. De leur côté, les Français de même âge n’étaient que 70% à avoir une activité professionnelle l’an dernier. Soit une différence d’un peu plus de 10% : quand neuf Français travaillent, dix Allemands sont en activité.

Si la France se situe dans la moyenne européenne, comme bien souvent dans les enquêtes économiques , les écarts sont considérables d’un pays à l’autre. Les plus travailleurs sont à l’évidence les Suédois, avec un taux d’emploi de 80,5% pour les 20-64 ans, alors qu’à l’autre bout du spectre et de l’Europe, les Grecs ne sont que 54,9% à avoir une occupation professionnelle. La palme de l’assiduité au travail revient toutefois à la Confédération Helvétique (qui ne fait pas partie de l’UE mais est intégrée dans le marché unique européen) : 82,8% des Suisses ont un emploi professionnel (87,3% pour les hommes et 78,2% pour les femmes).

 » La France n’est plus le premier partenaire commercial de l’Allemagne

« L’enquête sur les forces de travail » d’Eurostat, comme elle se nomme, a été réalisée à partir d’un sondage en profondeur auprès des ménages européens ; elle porte sur la population résidente de chaque pays ; et elle se réfère à la définition classique de l’emploi professionnel qui est celle de l’Organisation internationale du travail. Elle fait également ressortir un mal bien français concernant les difficultés à retenir les seniors dans la vie professionnelle. Ainsi moins d’un Français sur deux (48,7%) âgé de 55 à 64 ans a-t-il aujourd’hui un emploi, alors qu’en Allemagne ce même taux atteint 66,2% . Et là aussi le record appartient aux séniors suédois, dont près de trois sur quatre exercent un métier (74,5%).

La carte de l’emploi coïncide pratiquement avec celle du chômage : les pays où les gens sont les plus nombreux à travailler sont également qui ceux qui ont le moins de chômage. Le taux de chômage est de 3,4% en Suisse, 6,2% en Allemagne, 10,2% en France métropolitaine, et de 24,5% en Grèce. Voilà qui tombe sous le sens, peut-on penser.

Mais la question de l’emploi et du chômage est aussi celle de l’œuf et de la poule : y a-t-il d’autant plus de chômage que les gens travaillent peu, ou les gens sont-ils peu nombreux à travailler parce que le chômage est important et qu’on trouve difficilement du travail ? En France l’opinion courante penche plutôt pour la deuxième explication : « c’est galère pour avoir du travail et donc on est chômeur », entend-on un peu partout. Et c’est au nom de cette prétendue fatalité, qu’on a instauré le partage du travail, la semaine des 35 heures, que la CGT souhaiterait ramener à 32 heures.

Apprentissage : comment l’Allemagne met la France KO

L’étude d’Eurostat ne prend pas parti dans ces querelles quasi théologiques. Plusieurs indices tendraient cependant à prouver que plus les gens travaillent, et plus leur pays parvient à circonscrire le chômage. C’est bien dans ce sens que les choses fonctionnent. Le sous-emploi des seniors en France, par exemple, devrait conduire à réduire le taux de chômage d’ensemble, puisque ces catégories d’âge ne sont pas inscrites à Pôle emploi mais sont comptabilisées parmi les retraités, pour la plupart en tout cas. Or ce n’est pas ce qu’on observe : le faible taux d’activité des seniors n’empêche nullement d’avoir un niveau de chômage très élevé en France (comparé à l’Allemagne, la Suisse ou la Suède). De même que « la renommée grossit en marchant », selon le proverbe, il semblerait donc que les emplois augmentent d’eux-mêmes. Plus les gens sont nombreux à travailler, et plus il se crée de nouveaux postes de travail. L’offre crée la demande.