Le numérique va-t-il détruire 47% des emplois ?

, par Michel DECAYEUX

20/04/2016 La tribune

L’accélération numérique a fait ressurgir la grande angoisse de l’éviction de l’homme par la machine. Autrement dit du chômage technologique. Puisque c’est tout le contenu cognitif et interactif du travail, dans sa dimension récurrente, mais bien au-delà aussi, qui est menacé par les formidables avancées de l’intelligence artificielle.

Des travaux scientifiques récents ont tenté d’objectiver cette menace, trouvant un large écho dans les médias. Ceux de Frey et d’Osborne notamment, passant au crible 702 métiers aux États-Unis, estiment que près de 47% des métiers existants aux Etats-Unis seraient susceptibles d’être pris en charge par des machines intelligentes. Répliqués dans d’autres pays, d’Europe du Nord notamment, ou en Israël, ces travaux donnent les ordres de grandeurs tout aussi impressionnants, compris entre 35 et 45%.

Une diminution de 47% ? Il ne s’agit pas pour autant, pour ces auteurs de prédire que le volume de travail va diminuer inévitablement de 47%, laissant sur le tapis l’essentiel de la classe moyenne. Confiant dans le processus de destruction créatrice, ils soulignent que ces tâches, prises en charge par des algorithmes peuvent être remplacées, sans que l’on puisse les lister encore avec précision, par des métiers de perception, de manipulation fine, d’intelligence créative et sociale. Le numérique a-t-il jusqu’ici allégé, vidé de sa substance notre métier, ou bien l’a-t-il complexifié et épaissi. Certains métiers disparaitront ne le nions pas. Mais la plupart évolueront de façon incrémentale et gagneront plutôt en épaisseur.

"Robot servant dans un restaurant en chine"