Jusqu’à 18% de baisse de pension pour les futurs retraités

, par Michel DECAYEUX

AFP 05-04 Selon des simulations menées par le conseil d’orientation des retraites, l’accord (CFDT, CFE-CGC et CFTC), destiné à renflouer les caisses des régimes complémentaires Agirc-Arrco, pénalisera les assurés.

Après l’accord trouvé en octobre pour sauver de la faillite l’Agirc et l’Arrco, il est clair que les assurés devraient perdre au change : ces derniers pourraient en effet subir jusqu’à 18% de baisse de pension, et ces pertes grandiront au fil des générations, selon des simulations du Conseil d’orientation des retraites (COR) . Selon l’étude du COR citée par le quotidien, « un cadre né en 1959, voulant partir à la retraite dès qu’il a cotisé suffisamment longtemps au régime de base, perdra environ 14,5% de sa pension complémentaire ». Cette perte « s’accentuera au fil des générations pour atteindre plus de 17% pour un cadre né en 1990 », et « les salariés non cadres y laisseront un peu plus, soit près de 18% pour la génération 1990 ».

Incitation à travailler plus longtemps

L’étude, précise Le Figaro, porte sur deux « cas types » fictifs - un salarié et un cadre - permettant de « distinguer les ordres de grandeur des effets » de la réforme. L’accord destiné à renflouer les caisses des régimes complémentaires Agirc (cadres) et Arrco (tous les autres salariés), signé en octobre par trois syndicats (CFDT, CFE-CGC et CFTC), prévoit notamment une incitation à travailler plus longtemps via un système de bonus-malus et une moindre revalorisation des retraites. Il vise 6,1 milliards d’économies à l’horizon 2020, ce qui limiterait le déficit des régimes à 2,3 milliards d’euros à cette date.

Agirc-Arrco : ce qui va changer pour les retraités

Un retraité cadre né en 1975 verra sa retraite complémentaire réduite de 7 % avec l’accord.

Les décisions prises en octobre par les partenaires sociaux sur le système de retraite complémentaire vont peut-être sauver le régime Agirc-Arrco, mais elles se traduiront par des pertes pour les cotisants. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a fait ses calculs, dévoilés mardi . Et, selon ses experts, pour un cadre ayant effectué toute sa carrière dans le privé et né en 1975, l’effet de l’accord signé à l’automne sera de baisser de 7 % le montant de sa retraite complémentaire. L’impact sera négatif de 8 % pour un non-cadre né la même année. Il est lié aux mesures de désindexation et de diminution progressive du rendement des régimes (moins de droits pour une cotisation donnée). Il faut néanmoins relativiser ces données, qui ne concernent que la part complémentaire, soit environ les deux-tiers de la pension complète pour un cadre et un tiers pour les non-cadres.

Au cours des trois premières années, l’impact pourrait être beaucoup plus élevé. Car, une des mesures sur laquelle les partenaires sociaux se sont entendus prévoit que, à partir de 2019, un mécanisme d’abattement de 10 % par an pendant trois ans soit appliqué pour ceux qui partiront avant l’âge du taux plein au régime de base (67 ans), les petites retraites (CSG réduite ou nulle) étant exemptées.

Primes au report

Le comportement des futurs retraités vis-à-vis de leur départ aura donc un impact important. En cas de départ à la retraite à l’âge légal, l’effet atteindrait 16,3 % pour un cadre né en 1975. Mais cela ne sera que temporaire, la baisse de la pension revenant ensuite à 7 %. En outre, si l’assuré prolonge d’un an sa carrière, il n’est plus concerné par ce « coefficient de solidarité ». Enfin, s’il reste plusieurs années de plus à travailler, il bénéficiera à l’inverse d’une prime. Donc, mesuré sur l’ensemble de la durée de la retraite, l’effet du système de décote temporaire est faible : si l’assuré reporte son âge de liquidation de 62 à 63 ans pour éviter que la décote ne s’applique, alors la masse des pensions versées jusqu’à la fin de la vie baissera de seulement 0,3 % par rapport à ce qu’elle aurait été sans l’accord pour un cadre.

Bref, s’il s’agit de la mesure de l’accord la plus contestée, la mise en place de ces abattements n’est pas celle qui permettra de réaliser le plus d’économies, à peine 800 millions par an en 2030. Le COR a calculé le rapport entre le dernier salaire versé par un employeur à un salarié et le montant de la première pension de retraite touchée par cet ex-salarié. La différence risque fort de s’accentuer pour les générations futures qui verront donc leurs conditions financières reculer par rapport à celles de leurs aînés. Pour les non-cadres, la première retraite pourrait représenter moins de deux tiers du dernier salaire à partir des retraités nés entre 1965 et 1970, contre près de 80 % pour les retraités nés en 1940. Mais l’accord passé par les partenaires sociaux n’explique que marginalement ce recul (moins de deux points)