Sondage : 65% des Français ont une mauvaise opinion des syndicats

, par Michel DECAYEUX

27 Févr. 2016,leParisien

Les deux tiers des Français (65 %) ont une mauvaise opinion des organisations syndicales et plus de la moitié (59 %) ne leur font pas confiance pour défendre les intérêts des salariés, selon le sondage Odoxa pour « le Parisien » et « Aujourd’hui en France ».

Le printemps s’annonce brûlant. Négociations marathon sur l’assurance chômage, négociations salariales dans la fonction publique, concertation sur le temps de travail à la SNCF, mais surtout refonte du marché du travail avec la loi El Khomri… Les syndicats s’apprêtent à ferrailler sur tous les fronts dans les semaines et les mois à venir.

Et pourtant, alors que les dossiers majeurs s’amoncellent sur leur table, leur cote d’amour est au plus bas.

Les deux tiers des Français (65 %) ont une mauvaise opinion des organisations syndicales et plus de la moitié (59 %) ne leur font pas confiance pour défendre les intérêts des salariés, selon le sondage Odoxa pour « le Parisien » et « Aujourd’hui en France ». Le tableau des qualificatifs dressé est d’un noir profond : trop politisés (77 %), pas efficaces (73 %)*, trop nombreux (68 %), pas ouverts au dialogue (64 %), pas courageux (62 %)*, éloignés des réalités du terrain (59 %), démagogiques (57 %). Mais et c’est tout le paradoxe malgré cette litanie de griefs, les Français, pour une large majorité (56 %), les jugent utiles. Utiles notamment pour peser de tout leur poids dans les réformes économiques. Mais pas n’importe comment. Une part importante (40 %) juge que le dialogue social entre les syndicats et le patronat est un atout, plutôt qu’un frein (23 %). Dialoguer, négocier, discuter pour trouver des solutions, c’est ce qu’attendent les Français des organisations syndicales. Ils sont 69 % à estimer que c’est la voie à privilégier, plutôt que défendre les droits des salariés par la lutte (31 %).

Ça, c’est pour la théorie. Car, face à la réalité, la position des Français peut changer. En témoigne le débat houleux autour du projet de loi de Myriam El Khomri qui vise à réformer le Code du travail. Pour la première fois depuis des années, les organisations se sont rassemblées en intersyndicale — les prochaines réunions sont jeudi — pour protester contre le texte, laissant planer la menace d’une mobilisation dans la rue. Les Français ne leur tiennent pas rigueur de montrer les muscles face au patronat et au gouvernement. Au contraire, cette intersyndicale est le signe pour 52 % d’entre eux que la réforme est fondamentalement mauvaise pour les salariés. Mais dans ce projet, tout n’est pas à jeter. L’une des mesures phares, qui vise à mettre en place des référendums dans les entreprises auprès des salariés en cas de blocage des négociations entre syndicats et direction, est plébiscitée (69 %). Conclusion de Gaël Sliman, président d’Odoxa : « C’est sans doute là encore un signe du désaveu des syndicats en tant qu’instances les plus représentatives des attentes et des besoins des salariés. »

Commentaire ; A chaque grande « contre réforme sociale » voulue par les gouvernements quel qu’ils soient, tombe un sondage pendant le weekend, pour jeter le l’opprobre sur les syndicats de salariés. A croire que ces sondages commandités par on ne sait qui exactement (Gouvernement, patronat ?), ont pour unique et principal but de mettre la pression sur les véritables défenseurs des salariés : les syndicats, afin de les culpabiliser pour qu‘ils acceptent d’avaler des couleuvres, qu’ils acceptent la remise en cause de droits si chèrement acquis au fil du temps. Dans le cadre de cette énième et nouvelle tentative de refonte du droit du travail, le paradoxe est que pus de 60% des français sont contre ce projet de modification du droit du travail présenté par le gouvernement Valls et sa Ministre du travail El Khomri. Alors tous les arguments sont utilisés : trop politisés, trop nombreux, éloignés des réalités du terrain pour discréditer les syndicats et quoi qu’en pensent « les sondeurs » sont certainement bien plus proche des travailleurs que ceux qui nous gouvernent. Les doléances, les revendications exprimées au niveau national par les représentants des confédérations proviennent viennent des militants qui sont dans les usines, les bureaux, les services et qui côtoient donc journellement les salariés, mais aussi des retraités, des chômeurs. Les syndicats, depuis plus de 100 ans pour certains, se sont donnés pour but, pour charge de défendre le « beefsteak », les conditions de vie des salariés, des retraités, des chômeurs. Défendre « son casse croûte » c’est ce battre contre une politique économique voulue par ceux qui nous dirigent, alors si cela c’est faire de la politique c’est osé de la part de ces organismes de sondages de faire l’amalgame avec la politique politicienne partisane. (Au passage, on ne peut que rappeler l’attachement de FO à la charte d’Amiens qui est dans ses statuts et que les instituts de sondage devraient lire ou relire, ce qui éviterait de jeter la suspicion) Pour obtenir gain de cause pour assurer leur existence, leur survie et celle de leur famille les travailleurs avec leurs syndicats, n’ont pas d’autre choix quelque fois que de se mobiliser, de faire grève, d’organiser des manifestations, si ceux qui ont les clefs des problèmes sont sourds. Et quand les travailleurs manifestent c’est généralement à pied, pas avec des engins qui valent plusieurs centaines de milliers d’euros. Dans le contexte actuel, chose assez surprenante, avant que la mobilisation des travailleurs soit décrétée, on « matraque » déjà leur future réaction. Alors que dans le même temps pour d’autres manifestations « corporatives » (mais qui défendent aussi leur casse croûte), ces mêmes « sondeurs » font ressortir que l’opinion publique les comprend, les soutiens. Ce n’est à plus rien n’y comprendre ! Il est vrai que l’influence sur les « politicards », les décideurs économiques, n’est pas la même.