Seul un contrat aidé sur deux déboucherait sur une embauche

, par Michel DECAYEUX

10.01.16 Les échos

Les entreprises sont prêtes à garder les jeunes, mais pas les structures non marchandes

Quel avenir pour les jeunes en emploi d’avenir ? Alors que le chef de l’Etat reste décidé à recourir abondamment aux contrats aidés jusqu’à la fin du quinquennat pour contenir le chômage des jeunes, une étude du ministère du Travail sur les bénéficiaires d’emplois d’avenir et de contrats aidés classiques (CUI-CAE) met en lumière certaines réussites du dispositif, mais aussi ses limites pour assurer une insertion durable dans l’emploi. Premier constat, encourageant, de l’enquête menée fin 2013 auprès de 11.000 employeurs de contrats aidés : l’intégration des jeunes se déroule bien. Six mois après leur recrutement, 92 % étaient encore présents dans l’établissement et 3 % l’avaient quitté car leur contrat était arrivé à terme. On ne comptait ainsi que 5 % de démissions, licenciements ou ruptures d’un commun accord.

Le constat est plus mitigé sur le volet clef de la formation. En théorie, tous les jeunes doivent en bénéficier durant leur parcours pour préparer l’après-contrat aidé. L’exécutif insiste sur ce point face aux critiques répétées de l’opposition sur le risque que les contrats aidés soient des « voies de garage » masquant un temps le chômage des jeunes sans s’y attaquer en profondeur. Selon l’étude, un jeune sur quatre a suivi une formation à son futur poste avant de le prendre et trois sur quatre l’ont suivie une fois dans l’entreprise. Mais, au-delà de ce service minimum, seuls 44 % des jeunes avaient bénéficié d’une autre formation. Elles étaient « prévues » pour 30 % d’entre eux, mais dans 26 % des cas, l’employeur n’en prévoyait pas. A noter toutefois que l’effort de formation est plus marqué pour les emplois d’avenir que pour les autres types de contrats aidés.

Un constat mitigé

La question clef reste celle de l’après-contrat. L’étude indique que 46 % des employeurs prévoient de garder le jeune, via un contrat classique, une fois que l’aide de l’Etat arrivera à son terme ; 35 % ne le conserveront pas, et 19 % n’ont pas encore décidé, faute notamment de visibilité économique. Ces résultats globaux masquent de très fortes différences entre le secteur non marchand et les entreprises. Ces dernières anticipent ainsi dans 84 % des cas de conserver le jeune, contre seulement 37 % dans le non marchand (associations, collectivités, Education nationale, etc.). Or plus de quatre emplois d’avenir sur cinq sont envoyés dans le secteur non marchand plutôt que dans les entreprises du secteur marchand, ce qui semble donc contre-productif en termes d’impact sur l’emploi.

Mais ce constat est à nuancer par un autre élément mis en lumière par l’étude : le fort effet d’aubaine des contrats aidés dans le secteur marchand. Six employeurs sur dix y affirment qu’ils auraient quand même embauché, même sans l’aide financière de l’Etat, contre seulement 21 % des employeurs dans le non marchand. Ce qui vient confirmer un constat déjà dressé dans de nombreuses autres enquêtes : au-delà de leur impact discutable sur l’emploi, les contrats aidés constituent une forme détournée de soutien public au secteur non marchand, en particulier les associations

La maire de Lille Martine AUBRY, a émis ce jeudi de sérieuses réserves sur l’efficacité du pacte de responsabilité Avec son franc-parler coutumier, Martine Aubry n’avait pu cacher son exaspération à l’encontre du ministre de l’Economie : le fameux « Macron, comment vous dire... ras-le-bol » . Cette fois-ci, c’est à l’occasion de ses vœux à la presse que la maire de Lille a décoché ce jeudi une nouvelle salve de critiques à l’encontre du gouvernement. Dans sa ligne de mire, le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), symbole de la conversion de l’exécutif à la politique de l’offre pour les uns ou de son tournant libéral pour les autres. « Faut-il continuer à verser les 15 milliards sur les 40 qui restent à verser à des entreprises dont un grand nombre n’ont pas respecté les engagements qu’elles avaient pris ? (...) Peut-on espérer que quand, fin janvier il va faire le bilan avec les branches professionnelles, Manuel Valls en tire toutes les conséquences ? », a-t-elle déclaré avant de préciser qu’il s’agissait « sans doute d’un vœu pieux ».