Emmanuel Macron : « On n’a pas tout fait pour l’emploi »

, par Michel DECAYEUX

LE MONDE | 06.01.2016

Emmanuel Macron, ministre de l’économie, confie au Monde ses réponses aux crises dont souffre la France.

Emmanuel Macron continue de préparer le terrain pour une éventuelle loi Macron 2. Le ministre de l’Economie a accordé ce mercredi un entretien au Monde pour donner quelques pistes supplémentaires quant à son plan de bataille pour l’emploi. Le locataire de Bercy esquisse d’abord un mea culpa, concédant des erreurs depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir

Emmanuel Macron : En 2015, l’économie française a retrouvé une croissance, encore trop faible, mais une croissance que nous n’avons pas atteint depuis 2011, la consommation se tient, l’investissement repart, l’emploi aussi, mais trop mollement. On est donc dans une situation moins noire, mais néanmoins pas satisfaisante. C’est ce qui a conduit le président de la République à parler d’un état d’urgence économique et sociale qui n’est pas un état d’échec.

Le contexte est très favorable avec un euro, des taux d’intérêt et un pétrole faibles…

Oui, mais nous n’avons pas pu bénéficier à plein de cet alignement favorable en raison du très fort ralentissement chinois, de l’affaiblissement des pays émergents, d’un contexte européen insuffisamment favorable à la croissance tout comme des rigidités de l’économie française. Le devoir qui est le nôtre, c’est d’« acter  » que la croissance ne viendra pas de l’extérieur, tout comme la réponse à nos difficultés économiques. Elle dépend d’abord de nous et de notre volonté.

La politique européenne est pourtant favorable à la croissance, avec la fin de l’austérité budgétaire…

Non. Et à court terme, nous devons prendre des mesures à impact fort pour doper la conjoncture....

Croissance en berne, envolée du chômage aussi forte que sous Nicolas Sarkozy, départ des grands groupes français  : le gouvernement est-il en échec ?

Le ministre de l’Economie reconnaît que le gouvernement aurait pu faire plus en faveur de l’emploi . « Oui, on aurait dû réagir plus vite et plus fort et avec plus d’audace au début, et à cet égard j’ai ma part de responsabilité en tant que conseiller, à l’époque, du président de la République », reconnait le ministre. Emmanuel Macron poursuit en affirmant qu’il ne fait « pas partie de ceux qui disent qu’on a tout fait pour l’emploi et le marché du travail, c’est faux. » De même, sans doute aurions-nous dû nous attaquer plus frontalement aux rigidités de notre système institutionnel. Ce sera, j’en suis sûr, une question centrale en 2017".

A quoi ressemblera la loi Macron 2 ?

Ces nouvelles réformes, le ministre veut y contribuer avec sa loi Macron 2, dont il a donné un début d’aperçu. Il a d’abord répété son intention de lever les barrières d’accès à certains emplois : "je veux revenir sur les exigences excessives en matière de qualifications professionnelles pour exercer certains métiers dès lors qu’il n’y a pas de risque pour la santé ou la sécurité du consommateur et des travailleurs  : on a parfois créé des barrières en disant que c’étaient des gages de qualité". Plusieurs métiers ont déjà été évoqués, dont celui de coiffeur ou de laveur de vitre.

Autre axe de la loi Macron 2, poursuivre le simplification administrative : "il faut donner beaucoup plus de place à l’entrepreneuriat individuel, donner beaucoup plus de simplicité aux TPE et PME dans leur parcours de croissance sur le plan fiscalo-social et réglementaire", déclare Emmanuel Macron. Quitte à favoriser l’uberisation de l’économie, qui présente à ses yeux plus d’avantages que d’inconvénients : "pour beaucoup de jeunes aujourd’hui, c’est plus facile de trouver un client que de trouver un employeur. Ils se lancent, ils travaillent plus, la rémunération ne suit pas toujours, mais ils ont accès à l’activité économique et à des perspectives de mobilité

Macron veut « casser des corporatismes, des rigidités »

Réaffirmant la nécessité d’une « réponse économique et sociale » pour réformer une « société bloquée (...) qui nourrit les populismes », Emmanuel Macron plaide pour davantage de mobilité sociale et se fait le champion de l’initiative individuelle. Son objectif : « Casser des corporatismes, des rigidités ». Interrogé sur cette « uberisation » de l’économie, Emmanuel Macron admet qu’elle est porteuse de risques.

« Bien sûr, ce n’est pas un système parfait, peut-être certains échoueront-ils », explique le ministre, « mais on le voit avec l’exemple qu’offre Uber dans la région parisienne : des gens souvent victimes de l’exclusion choisissent l’entrepreneuriat individuel, parce que pour beaucoup de jeunes aujourd’hui, c’est plus facile de trouver un client que de trouver un employeur. »

Quelles seront les réformes proposées par Emmanuel Macron pour répondre à ce projet ?

Le ministre entend notamment simplifier les démarches administratives pour les TPE ET PME, « revenir sur les exigences en matière de qualifications professionnelles pour exercer certains métiers » et parachever la réforme de la justice prud’homale en instaurant un plafond pour les indemnités prononcées. Pour le ministre, pas de doute : « C’est le moment pour engager de nouveau de grandes réformes. »

Dessin du Parsirn 6.01.16