Chine : Tianjin, la catastrophe qui révèle la situation alarmante de la sécurité industrielle en Chine

, par Michel DECAYEUX

le 21 août 2015 Reuters

Tianjin : taux de cyanure démentiels, des milliers de poissons morts. Les craintes d’une contamination de grande ampleur restent vives, de dizaines de milliers de poissons morts échoués sur le rivage, à plusieurs kilomètres du site d’isolement. « 700 tonnes » de cyanure de sodium étaient stockées dans l’entrepôt d’où était partie la série d’explosions. Un entrepôt qui, selon les "Nouvelles de Pékin", était autorisé à n’en contenir que 24 tonnes.

Le président chinois Xi Jinping a appelé ce jeudi à ce que les responsables des explosions répondent de leurs actes. Dix responsables de l’entreprise Ruihai, à qui appartenait l’entrepôt incriminé, ont déjà été arrêtés. Parmi eux, selon l’agence Chine Nouvelle, figure le fils d’un ancien chef de la police du port de Tianjin. Il contrôlait 45% des parts de Ruihai, mais celles-ci étaient au nom d’un camarade d’études.

La catastrophe intervenue dans les entrepôts de la société Ruihai International Logistics à Tianjin secoue l’opinion publique chinoise mais elle n’est que le reflet des très mauvaises conditions de sécurité des sites industriels.

Une situation qui, loin de s’améliorer, se dégrade.

La catastrophe de Tianjin interpelle par l’ampleur des dégâts matériels occasionnés dans la ville et les conséquences potentiellement graves de contaminations des populations au cyanure. Les autorités ont reconnu des taux de cyanure jusqu’à 356 fois supérieurs au seuil de tolérance sur le site des explosions.

Le cyanure de sodium, stocké sous forme de poudre ou de cristaux, est un composant chimique très toxique en cas d’inhalation, d’ingestion ou de contact avec la peau. Pire, il peut sous certaines conditions libérer du cyanure d’hydrogène, un gaz "hautement asphyxiant", "qui agit sur la capacité de l’organisme à utiliser l’oxygène", selon le Centre américain pour le contrôle des maladies. . Pour les travailleurs de l’industrie chinoise, c’est une affaire tristement courante. Les incendies en particulier font régulièrement de nombreuses victimes. Si le bilan officiel de l’explosion de l’entrepôt de Tianjin est aujourd’hui de 114 morts, il reste inférieur à un incendie intervenu le 3 juin 2013 dans un abattoir de volailles de la province de Jinlin qui a occasionné 120 morts et une soixantaine de blessés graves. Dans cet abattoir qui employait 1200 personnes, les travailleurs s’étaient trouvés piégés car seule une sortie était disponible. Les autres issues de secours étaient impraticables.

LA SITUATION SE DEGRADE

La société d’audit AsiaInspection, basée à Hong-Kong, chiffre à 339 le nombre de personnes décédées dans des incendies industriels de grande ampleur depuis deux ans. Ce chiffre n’inclue pas l’ensemble des décès imputables à d’autres types d’accidents du travail. Globalement, les questions de santé et de sécurité sont en tête des violations constatées par cette entreprise d’audit dans les sites visités. La note moyenne des audits de sécurité en Chine est de 4,3 sur 10. Selon Sebastien Breteau, son PDG : "d’autres Tianjin peuvent bien sûr arriver à tout moment en Chine". Pour ce spécialiste, la situation actuelle n’est pas due à la réglementation mais à sa non-application et "à la corruption qui permet à des chefs d’entreprises peu scrupuleux de la contourner". L’entreprise qui réalise des audits complets incluant non seulement la sécurité mais aussi la gestion sociale du personnel a constaté que la situation s’était dégradée en Chine entre 2013 et 2014. Alors que la note moyenne d’audit des sites Chinois était de 6,9 en 2013, elle a baissé à 6,65 en 2014. Cette note moyenne porte sur 500 entreprises auditées.

TIANJIN : UN ELECTROCHOC ?

On n’ose imaginer le niveau sur des entreprises qui ne sont même pas entrées dans cette démarche. La situation diffère toutefois selon les provinces. Si les entreprises de la province du Guangdong ont une note moyenne de 7,3 sur 10, celles de la Chine de l’Ouest, industrialisée plus tardivement, tombe à 5,1 sur 10. Dans la région de Tianjin, sur la côte Est, la note moyenne est de 6,6. Les secteurs les plus problématiques sont la chimie, la pharmacie et l’agroalimentaire. Selon Sébastien Breteau, il y a toujours fréquemment "des problèmes d’intégrité des étiquetages avec des conséquences désastreuses sur la sécurité des conditions de transport et de stockage". La réaction virulente de l’opinion publique chinoise telle qu’elle s’exprime actuellement à Tianjin servira-t-elle d’électrochoc pour faire évoluer la situation ?