Salaires : la cigale allemande et la fourmi française

, par Michel DECAYEUX

LE 26/06 LES ECHOS

Si les hausses de salaires accélèrent outre-Rhin, elles ralentissent en France. Le Cice permet aussi de réduire l’écart en matière de coût du travail. Les salaires en Allemagne accélèrent quand ils ralentissent en France. Et ce décalage entre les deux pays est de plus en plus marqué. Selon l’Insee, le salaire mensuel brut de base du secteur marchand dans l’Hexagone a progressé de 1,4 % en 2014, un rythme inférieur à celui de 2013 (1,7 %). A l’inverse, en Allemagne, le salaire brut a augmenté de 2,9 % l’an passé, après avoir déjà progressé de 2,6 % en 2013.

Cette différence entre la France et son premier partenaire commercial s’explique par l’activité économique, atone de ce côté-ci du Rhin et plus dynamique de l’autre. Dans l’Hexagone, « le niveau élevé du chômage pèse sur le pouvoir de négociation des salariés. De plus, le SMIC a moins augmenté en 2014 qu’en 2013, du fait de la faible inflation passée et de l’absence de coup de pouce », souligne l’Insee. En Allemagne, le chômage touche 4,7 % de la population active contre 10 % en France, « ce qui soutient les demandes de revalorisation salariale ». Et le mouvement devrait encore prendre de l’ampleur cette année, la mise en place au 1er janvier d’un salaire minimum ayant eu mécaniquement un fort effet sur les salaires. Ainsi, la Bundesbank, dans son rapport de juin, s’attend à une croissance du salaire brut mensuel de 3 % cette année et l’an prochain. « La croissance pourrait même accélérer sensiblement en 2017 », prévient-elle.

Les Allemands ne sont plus dans la « frugalité »« 

Les entreprises allemandes créent des emplois et augmentent les salaires, ce qui permet aux Allemands de consommer », décrypte Denis Ferrand, directeur général de COE-Rexecode. « Ils ne sont plus dans le régime de frugalité dans lequel les Français aiment les dépeindre depuis les années 2000. Les Allemands ont créé les conditions du retour de la croissance et en récoltent désormais les fruits », poursuit-il. Pour preuve, cette année, près de trois quarts de la croissance du PIB outre-Rhin proviendra de la hausse de la consommation. Entre la France et l’Allemagne, le décalage est encore plus frappant quand on s’intéresse au coût du travail, c’est-à-dire en tenant compte des charges patronales. Celles-ci ont en effet été réduites de 6 % pour les salaires inférieurs à 2,5 fois le SMIC dans l’Hexagone avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice). Il s’y ajoute les premières baisses de charges du pacte de responsabilité, qui sont entrées en vigueur au 1er janvier 2015.

L’impact de ces mesures est visible : le coût d’une heure de travail dans l’industrie et les services a progressé moins vite en France qu’en Allemagne et même qu’en zone euro. Outre-Rhin, faire travailler un salarié une heure coûte 33,65 euros, la hausse sur un an s’élevant à 3,3 %. Dans l’Hexagone, le coût de l’heure de travail ressort à 36,08 euros, en augmentation de 1,7 % sur un an. La progression du coût du travail en France est en ce moment bien inférieure à celle de ses concurrents européens, selon Eurostat. Alors qu’une heure de travail en France coûtait 10,3 % plus cher qu’en Allemagne en 2012, la différence n’était plus « que » de 7,2 % début 2015. Autre effet notable, le taux de marge des entreprises françaises est nettement remonté début 2015, même si l’écart avec l’Allemagne reste important