Le gel des pensions devrait durer trois ans

, par Michel DECAYEUX

23/06/AFP LES ECHOS

Le niveau de vie des retraités est en train de baisser.

Les pensions complémentaires des salariés ne sont pas près d’augmenter. Après trois ans de stagnation, elles pourraient connaître trois nouvelles années sans revalorisation. Le projet patronal pour redresser les comptes des régimes Agirc-Arrco, qui a été discuté lundi par les partenaires sociaux, comporte en effet une forte sous-indexation. Si cette mesure d’économie est retenue, l’évolution chaque année des pensions complémentaires resterait inférieure de 1,5 point à la hausse des prix. Comme l’inflation est attendue à 1 % en 2016, puis 1,4 % les deux années suivantes, cela reviendrait en réalité à annuler toute hausse. A moins que l’économie aille beaucoup mieux que prévu et que la hausse des prix accélère nettement. Inversion de tendance

Alors que le débat sur les abattements temporaires fait rage, on parle peu de ce gel de facto des pensions complémentaires. C’est pourtant la mesure qui rapporte le plus dans le projet patronal, et immédiatement : en 2017, elle produirait 1,9 milliard d’euros d’économies et, en 2020, 3,2 milliards. La non-revalorisation est cumulative. Le décrochage par rapport à la courbe de l’inflation continue à s’accroître bien après le gel lui-même. Ainsi, la mesure permettrait d’économiser 4,5 milliards d’euros par an à horizon 2040. Seul problème : la sous-indexation n’est « rentable » qu’à condition qu’il y ait de l’inflation. Comme il n’y en a quasiment pas eu depuis 2013, la mesure d’économie décidée à l’époque (1 point de moins que la hausse des prix) n’a pas rapporté autant qu’espéré. Car on ne peut pas diminuer les pensions en valeur absolue. Cette clause plancher figure également dans le projet patronal actuel. Cette mesure est de nouveau sur la table parce qu’il y a urgence et que les retraités ne sont pas trop mal lotis par rapport au reste de la population. Selon le Conseil d’orientation des retraites, leur niveau de vie est supérieur à celui des actifs (103 %), sans même prendre en compte le fait qu’ils sont plus souvent propriétaires de leur logement. Mais le vent est en train de tourner. Leur niveau de vie relatif amorce une baisse,

principalement du fait de l’indexation des retraites sur les prix, qui progressent moins vite que les salaires. Il ne représentera plus que 81 % à 94 % de celui des actifs à l’horizon 2040, selon le COR. Une inversion de tendance que les partenaires sociaux devront avoir en tête au moment de décider de nouvelles économies sur le dos des retraités