Oise : La France ne travaille pas assez ? Oui mais ce n’est pas une histoire de 35 heures

, par Michel DECAYEUX

le 05 juin 2015, Usine nouvelleThibaut De Jaegher

Le nouveau délégué général de l’ex-UMP, Eric Woerth, a relancé récemment le débat autour du temps de travail en fustigeant les 35 heures. Une vision trop étroite de la question.

Et c’est reparti !

Dans la foulée d’Eric Woerth, le débat sur le temps de travail en France est revenu sur le devant de la scène. Le nouveau délégué général des Républicains (ex-UMP) a en effet lancé un énième pavé dans la mare en affirmant (pour faire la promo de son nouveau livre-programme) que l’on ne travaillait pas assez en France. Et le politique de lister les raisons de ce déficit, 35 heures en tête, sans surprise.

Tout le monde y est allé ensuite de sa petite phrase pour abonder ou contrer les doctes affirmations du maire de Chantilly. Mais la manière dont a été formulée la question du travail en France n’est peut-être pas tout à fait adapté à la situation actuelle. Pour au moins deux raisons.

Un actif sur 5 n’a pas de travail

Soyons clairs. Oui, la France ne travaille pas assez. Mais non, ce n’est pas seulement une histoire de temps de travail. Si la France ne travaille pas assez c’est surtout parce qu’il n’y a pas assez de Français qui travaillent. Faut-il le rappeler ? 5,5 millions de personnes en âge de travailler sont aujourd’hui inactives. C’est bien cette force productive inexploitée qui grève nos statistiques, bien plus que les 35 heures. Le sujet français n’est donc pas comment travailler plus mais comment remettre plus de monde au travail. Mais tant que nous ne toucherons pas de manière forte au coût du travail, il y a peu de chances que les choses changent sur ce plan.

2. Le digital dévore le (temps de) travail

A l’ère numérique, on ne peut plus se poser la question du temps de travail et du travail de la même manière qu’à l’âge industriel. Et pas seulement parce que l’on serait connecté tout le temps et donc, potentiellement, en permanence au « boulot ». Ce qu’il faut surtout comprendre, c’est que les technologies digitales dévorent le travail. C’est même leur principal atout : c’est parce qu’elles sont moins intensives en emploi que les entreprises les adoptent. Cela génère bien sûr de nouveaux jobs mais très peu au regard des destructions engendrées par ces nouveaux services.

Dans ce contexte, remettre sur la table les 35 heures revient à prendre le sujet « travail » par le petit bout de la lorgnette. Pour avancer sur le sujet, il faudrait dépasser ces petites phrases et polémiques stériles, regarder la réalité en face dans toutes ses composantes, pour proposer une organisation de rupture pour notre marché du travail.