Inégalités : la France, mauvaise élève de l’OCDE

, par Michel DECAYEUX

21 Mai 2015 AFP/le monde/le Parisien

La France, pays inégalitaire ? Ces dernières années, la France est l’un des pays développés où les inégalités entre les riches et les pauvres se sont le plus creusées, révèle ce jeudi un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Si elles restent encore légèrement en-dessous de la moyenne de la zone OCDE, les inégalités ont davantage augmenté dans l’Hexagone que dans les autres pays entre 2007 et 2011. Avec près de 9% de hausse du coefficient Gini (qui permet de mesurer les inégalités d’un pays), il s’agit même de la 3e augmentation la plus importante des pays de l’OCDE, qui regroupe 34 pays.

Ce chiffre est d’autant plus alarmante que, depuis les années 1980, les inégalités avaient tendance à être stables en France alors qu’elles augmentaient dans la majorité des pays. En 2013, les plus riches gagnaient par exemple 7,4 fois plus que les plus pauvres, contre 6,8 en 2007.

Pendant la crise, entre 2007 et 2011, les inégalités de revenus, avant impôt et prestations sociales, ont ainsi augmenté de 2,9%. Point positif, note le rapport : cette augmentation a été atténuée par le système de redistribution français.

Les inégalités en France Niveau revenus, les 10% de personnes ayant les revenus les plus élevés ont vu leur revenu augmenter de 2% par an en moyenne (légèrement plus que la moyenne de l’OCDE, 1%) alors que les 10% de personnes avec les revenus les plus faibles ont connu une baisse de 1% (légèrement moins que la moyenne de l’OCDE, 2%).

En prime, les inégalités de patrimoine ont renforcé ces inégalités de revenus. Les 10% les plus aisés en termes de patrimoine détiennent la moitié du patrimoine net des ménages. Dans le même temps, les 40% les plus pauvres en détiennent moins de 2%.

Qui sont les pays les plus inégalitaires ? Les inégalités entre riches et pauvres ont par ailleurs atteint des niveaux record dans la plupart des pays de l’OCDE et restent plus élevées encore dans beaucoup d’économies émergentes.

Aujourd’hui, dans la zone OCDE, les 10% les plus riches de la population ont un revenu 9,6 fois supérieur à celui des 10% les plus pauvres, alors que la proportion était de 7,1 fois dans les années 1980 et 9,1 fois dans les années 2000.

Les inégalités dans les pays de l’OCDE sont le plus marquées au Chili, au Mexique, en Turquie, aux Etats-Unis et en Israël, et le moins au Danemark, en Slovénie, en République slovaque et en Norvège.

Elles sont plus importantes encore dans les grandes économies émergentes mais se sont réduites dans de nombreux pays, notamment au Brésil, souligne le rapport.

Les gouvernements mis en cause « Nous avons atteint un point critique. Les inégalités dans les pays de l’OCDE n’ont jamais été aussi élevées depuis que nous les mesurons », a déclaré le Secrétaire général de l’organisation, Angel Gurría, en présentant le rapport, à Paris, au côté de Marianne Thyssen, Commissaire européenne à l’emploi.

« En ne s’attaquant pas au problème des inégalités, les gouvernements affaiblissent le tissu social dans leur pays et compromettent leur croissance économique à long terme », a-t-il ajouté.

On estime que la montée des inégalités, entre 1985 et 2005, dans les 19 pays de l’OCDE analysés, a amputé la croissance de 4,7 points de pourcentage en cumulé entre 1990 et 2010.

Comment remédier aux inégalités ? Pour réduire les inégalités et stimuler la croissance, l’OCDE recommande aux gouvernements de promouvoir l’égalité entre hommes et femmes en matière d’emploi, d’élargir l’accès à des emplois plus stables et d’encourager les investissements dans l’éducation et la formation tout au long de la vie active.

Les inégalités nuisent à la croissance

Si le FMI a apporté, depuis, de multiples éclairages à ce sujet, les travaux les plus aboutis proviennent de l’OCDE. Après Growing Unequal ?, un rapport de 2008, qui fit le point sur l’accroissement généralisé des inégalités de revenus au cours des trente dernières années, les experts du château de la Muette ont analysé, en 2011 dans Divided We Stand, les raisons pour lesquelles les inégalités avaient tellement augmenté dans les pays émergents.

Une troisième pierre vient d’être apportée à l’édifice avec le rapport présenté jeudi. Il vient confirmer les travaux initiaux de l’économiste italien Federico Cingano, dont Le Monde avait fait état le 10 décembre 2014,

L’OCDE précise toutefois que les écarts de revenus et de richesses se sont réduits dans plusieurs pays émergents, notamment en Amérique latine, même s’ils restent bien supérieurs à ce qu’ils sont dans les pays développés. Les inégalités ne sont pas seulement dommageables à la cohésion sociale. Elles nuisent à la croissance : leur augmentation entre 1985 et 2005 a coûté en moyenne près de 4,7 points de croissance cumulée dans les pays avancés, affirme l’institution.

Dans ce domaine, c’est moins l’envolée des revenus et de la richesse des 1 % les plus fortunés qui importe que le sort réservé aux quatre premiers déciles de revenu, les 40 % les plus défavorisés, dont la mobilité sociale et professionnelle se trouve réduite.

Réduire le fossé entre riches et pauvres et offrir à tous des possibilités de développement supposent, pour l’OCDE, que les responsables politiques agissent dans quatre directions : accroître la participation des femmes au marché du travail, promouvoir l’emploi et un emploi de qualité, développer l’éducation et les compétences, mettre en place une politique de redistribution efficace visant notamment à ce que « les personnes plus riches et les firmes multinationales assument leur part du fardeau fiscal ».