Syndicalisation : la France à la traîne en Europe

, par Michel DECAYEUX

LE 06/05 LESECHOS

L’Hexagone est en revanche bien placé en matière de représentation du personnel dans les entreprises. Il s’en est fallu d’un cheveu pour que la France soit le pays le moins syndiqué de l’Union européenne. Selon le rapport 2014 sur les relations industrielles en Europe que la Commission de Bruxelles vient de publier et qu’a révélé le site Les clés du social, seule l’Estonie parmi les Vingt-Huit a un taux de syndicalisation inférieur à l’Hexagone. Ce dernier se situe donc à la 27e place, à 7,7 % de syndiqués en 2012, selon les dernières statistiques de l’OCDE, loin derrière les autres pays du Vieux Continent.

L’Espagne et le Portugal sont autour de 18 %, le Royaume-Uni au-dessus de 25 %, l’Irlande à 31 %, l’Italie à 35 %. Si, contrairement à une idée reçue, la syndicalisation reste limitée en Allemagne, à 18 %, trois pays du Nord dépassent les 66 % (!) de syndiqués : la Finlande, la Suède et le Danemark, la Belgique se situant en quatrième position, à 55 %.

Des entreprises bien structurées Cela dit, il faut se méfier des raccourcis : ce n’est pas parce que la France a peu de syndiqués que ses travailleurs y sont les moins bien représentés. Selon les statistiques de l’Union européenne, elle serait au contraire bien placée en la matière. Quelque 55 % du personnel des entreprises de 10 salariés ou plus bénéficient d’une représentation collective, note le rapport. Un niveau qui place l’Hexagone loin derrière les 80 % de l’Allemagne, mais à très peu de distance de la Finlande, de la Lituanie, de l’Espagne et du Luxembourg. Ce n’est pas non plus parce que la France est relativement peu syndiquée que le champ des conventions collectives est plus réduit qu’ailleurs. Au contraire, même : si la crise a, dans beaucoup de pays européens, conduit à réduire leur zone d’influence, le rapport montre que l’Hexagone est resté dans ce domaine dans le peloton de tête, avec 96 % des salariés couverts par une convention collective, non loin de l’Autriche (98 %) et de la Belgique (99 %) quand l’Allemagne est à moins de 60 %.

Ce n’est pas sans lien avec le fait que les employeurs y sont beaucoup plus organisés que dans beaucoup d’autres pays européens. Selon le rapport, 75 % des entreprises appartiennent à une organisation patronale contre moins de 60 % outre-Rhin. L’Autriche est la plus structurée côté entreprises, avec un taux de syndicalisation de 100 %, devant la Belgique et les Pays-Bas, à 85 %, ainsi que la Suède à 82 %. Le Portugal est le pays européen où le patronat est le moins structuré, avec seulement 20 % des employeurs membres d’une organisation professionnelle.

Commentaire : Nous sommes dans une période où le syndicalisme français est à nouveau montré du doigt par rapport à certains pays européens. Les médias n’hésitent pas à le culpabiliser sur son nombre de syndiqués qui ente parenthèses est malgré tout très, très nettement supérieur à tous les partis politiques confondus

Mais pourquoi une telle mise à l’index ? Pour lui faire avaler tous les reculs sociaux, toutes les contre réformes voulues par les politiques et le patronat au nom de la course à la compétitivité, au nom de l’argent roi.

Il est important de rappeler que si dans certains pays le taux de syndicalisation est très différent de celui de la France, c’est parce que dans ces pays si les salariés ne sont pas syndiqués ils ne peuvent pas bénéficier de dispositions sociales (assurance chômage, mutuelle, d’accords collectifs voir un contrat de travail, etc. ) ou à alors avec des dispositions bien inférieures à ceux qui sont adhérents à un syndicat. En France depuis la naissance du syndicalisme (plus d’un siècle), les salariés qu’ils soient syndiqués ou non bénéficient du même code du travail, des mêmes conventions collectives , des mêmes accords collectifs, des mêmes droits sociaux (Sécurité sociale, allocations familiales, Retraites de bases et complémentaires, assurance chômage etc.). tout ceci obtenu grâce aux actions, aux luttes qu’a mené le syndicalisme français avec les travailleurs et dans le respect des valeurs Républicaines : Liberté, Egalité, Fraternité, laïcité.

Il est clair et évident que si les travailleurs français, pour pouvoir bénéficier de tous ces acquis, de tous ces droits, devaient être syndiqués, le taux d’adhésion serait probablement plus proche des 100% que des 10 %, mais cela n’a jamais été le concept du syndicalisme Français authentique au sein d’ une véritable démocratie Républicaine.