Egalité salariale entre femmes et hommes : qui sont les bons et les mauvais élèves européens ?

, par Michel DECAYEUX

L’écart de salaire entre hommes et femmes atteint 16,4% en moyenne en 2013 contre 17,3% en 2008. Les pays du nord de l’Europe sont loin d’être les plus vertueux, selon des chiffres publiés par Eurostat. Malte et la Slovénie sont les meilleurs élèves, la France se situe juste au-dessus de la moyenne européenne, tandis que l’Estonie, l’Autriche ferment la marche La France se situe dans le milieu de tableau, avec un écart de revenus entre les hommes et les femmes de 15,2%, comme la Suède, tandis que la moyenne européenne atteint 16,4%

À trois jours de la journée de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, l’office européen de statistiques Eurostat a publié jeudi 5 mars des données sur l’écart des salaires entre les hommes et les femmes. Par rapport à 2008, celui-ci a diminué dans une majorité de pays de l’Union européenne, mais a augmenté dans une dizaine d’autres comme au Portugal, où il s’est accru de 3,8 points de pourcentage à 13,0%. Il est mesuré à 16,4% en moyenne.

Les bons élèves

• C’’est en Slovénie que l’écart est le plus faible (3,2%). Le pays se situe dans le ventre mou (14e) de l’Union européenne concernant le taux d’embauche des femmes de 20 à 64 ans, estimé à 63%. • Malte, avec un écart mesuré à 5,1%, a le 2e plus faible écart des salaires de l’UE. Toutefois, il y a un hic. Il se classe avant-dernier européen dans l’employabilité avec un taux de 49,8% (une différence de 29,6 points avec les hommes). • La Pologne complète le podium avec des différences de salaires de 6,4% en moyenne. Le pays est 16e en ce qui concerne le taux d’embauche des femmes (57,6%). • Suivent l’Italie et la Croatie avec respectivement 7,3% et 7,4% d’’écart entre les salaires.hommes-femmes. Et la France ? Elle se situe dans le milieu de tableau, avec un écart de revenus entre les hommes et les femmes de 15,2%, comme la Suède, tandis que la moyenne européenne atteint 16,4%. À noter que l’Hexagone se place à la 11e place, au-dessus de la moyenne européenne sur le taux d’employabilité des femmes

Les mauvais élèves

• C’est l’Estonie qui compte l’écart de rémunération le plus élevé entre hommes et femmes dans une population âgée de 20 à 64 ans : il atteignait 29,9% en 2013. Toutefois, le pays se place 7e en ce qui concerne le pourcentage de femmes de 20 à 64 ans salariées avec 70%. • L’Autriche est le deuxième plus mauvais élève européen (23%) concernant l’écart salarial. En outre, 71% des femmes en âge d’avoir une activité professionnelle sont employées (6e pays européen). • La République tchèque atteint 22,1% pour l’écart de salaires. Elle complète le podium des mauvais élèves. Elle se classe 13e en ce qui concerne l’employabilité (63,8%) • L’Allemagne (21,6%) est le 4e pays européen avec les plus gros écarts de salaires. Autre mauvais chiffre : si 72% des femmes de 20 à 64 ans salariées, près de la moitié le sont à mi-temps.

Par ailleurs, Eurostat souligne que les différences entre hommes et femmes sur le marché du travail ne concernent pas que les écarts de salaires. Ainsi, les deux tiers des directeurs, cadres et gérants sont des hommes tandis que deux employés de bureau sur trois sont des femmes.

Cadres en France : à poste égal, les femmes gagnent encore 8,5 % de moins Une étude de l’APEC fait la lumière sur les écarts de salaire injustifiés entre hommes et femmes. Ils se creusent tout au long de la carrière et varient beaucoup selon les fonctions Dans le privé, à poste équivalent et « toutes choses égales par ailleurs » (âge, ancienneté, lieu et temps de travail, etc.), une femme cadre gagnait en 2013, en brut fixe, 8,5 % de moins qu’un homme (8,2 % en Ile-de-France, 8,6 % en province), montre la vaste enquête menée auprès de 14.000 cadres et publiée aujourd’hui par l’Apec. Ce chiffre a le mérite de mesurer la discrimination salariale « brute », au-delà des écarts de salaires moyens et médians aux facteurs explicatifs multiples. Surtout, l’étude pointe que l’écart se creuse « de façon quasi linéaire avec l’âge », passant de 4,2 % avant 30 ans à 12,5 % passé 50. Le diplôme ne protège pas du phénomène mais le réduit : plus le diplôme est élevé, moins l’écart de salaire est marqué : il passe de 10,2 % pour les bac + 2 ou moins à 7,5 % pour les bac + 5 et plus.

Femmes : 36 % des cadres L’écart varie aussi selon le type de poste occupé. Toujours à postes et profils semblables, il est ainsi deux fois plus élevé dans les directions d’entreprise et les services commerciaux (14, 1 % et 12,4 %) que dans la communication (6,2 %). Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le taux de féminisation n’agit pas en bouclier : dans les ressources humaines, où l’on compte deux tiers de femmes, l’écart est de 11,3 % en faveur des hommes ; dans l’informatique, où l’on trouve peu de femmes (20 %), l’écart salarial est plus faible, à 5,5 %. Alors que les femmes représentent désormais 36 % des cadres, l’étude indique aussi que leur salaire fixe moyen atteint, en brut annuel, 45.520 euros, soit 8.400 de moins que les hommes. L’écart est de 18,6 % mais il se réduit dans la durée (22 % en 2008). Il s’explique aussi par les effets de carrière, de secteurs et d’ancienneté : les femmes sont plus jeunes, plus nombreuses dans les secteurs moins rémunérateurs et, s’occupant plus des enfants, ont des carrières plus heurtées. Sans oublier le poids de l’autre grand champ de discrimination au travail : un moindre accès aux postes les plus élevés. De nombreux indicateurs témoignent que, malgré des progrès ces dernières années suite à des durcissements législatifs, l’égalité est encore loin

La fonction publique n’échappe pas aux inégalités hommes-femmes

Les femmes gagnent en moyenne 12 % de moins que les hommes dans la fonction publique. Les inégalités salariales entre femmes et hommes ne sont pas l’apanage du secteur privé. Dans la fonction publique aussi, les écarts de rémunération mais également de carrière sont patents selon les sexes, montrent trois études réalisées à la demande conjointe du Défenseur des droits et du ministère de la Fonction publique, et publiées aujourd’hui. Un travail inédit. Certes, pour les fonctionnaires, l’écart de salaire moyen entre les femmes et les hommes est inférieur à celui constaté dans le privé : 12 % contre 19 %. Mais la situation varie selon les secteurs. Dans les hôpitaux, dont le personnel est très féminisé, la différence n’est « que » de 9 %. Ailleurs, elle est plus proche de celle constatée dans les entreprises : respectivement de 15 % dans les collectivités territoriales et de 16 % dans la fonction publique d’Etat. Ces moyennes masquent elles aussi des situations très différentes. Parmi les ministères, il y a les bons élèves - le ministère de la Culture et de la Communication, qui est à seulement 5 % - et les mauvais - ceux des Affaires étrangères, de l’Intérieur ou des services du Premier ministre sont au-dessus de 15 %.

Si elle est moindre que dans le secteur privé, la différence de rémunération entre femmes et hommes dans le secteur public n’en relève pas moins d’une « discrimination systémique », note le Défenseur des droits dans sa note de synthèse : « Les analyses détaillées permettent de démontrer qu’au sein du secteur public […] les femmes rencontrent, "toutes choses égales par ailleurs" , des discriminations spécifiques. » C’est net lorsque l’on s’intéresse aux parcours de carrière : non seulement, il y a un plafond de verre pour les fonctionnaires femmes, mais les écarts de rémunération s’accroissent avec l’âge, et le phénomène est particulièrement criant pour la catégorie A, qui correspond aux cadres de la fonction publique. A 25 ans, traitement de base et primes cumulés, l’écart de rémunération est de 7 % pour la catégorie A, 6 % pour la B et 8 % pour la C. A 50 ans, ces taux sont respectivement de 24,5 %, 13 % et 14 %. Cela représente en moyenne 11.400 euros, 5.400 euros et 4.000 euros de moins sur l’année.

Encadrement inefficace

Et ce n’est pas seulement dû à un « retard » de carrière dans les années qui suivent la naissance d’un enfant. Plus les niveaux de rémunération sont élevés, moins les femmes ont une probabilité d’y avoir accès. Une situation aussi constatée dans le secteur privé ( « Les Echos » du 4 mars ). Ce constat est d’autant plus significatif de l’ampleur de la discrimination au travail subie par les femmes que, dans la fonction publique, les pratiques salariales sont sérieusement encadrées, avec un poids plus important des hausses de rémunération « automatiques » liées à l’ancienneté, qui apportent des garanties de progression au cours de la carrière bien plus importantes que dans le privé