Mailly plébiscité pour son dernier mandat

, par Michel DECAYEUX

LE 09/02 LES ECHOS

Le clivage réformiste - contestataires s’est cristallisé sur les relations avec la CGT La tradition du banquet républicain a été respectée quant à l’organisation de la salle : des tablées de délégués toujours aussi nombreux (2.500 au total, contre un millier à la CGT et à la CFDT). Mais l’ambiance a changé. Les joutes verbales et les effets de manche ont été beaucoup moins nombreux qu’à l’ordinaire lors du 23e Congrès de Force ouvrière, la semaine dernière à Tours. Alors que la centrale a souvent affiché ses divisions entre réformistes et contestataires, cette fois-ci, cela n’a pas été le cas. Profondément divisée quand il est arrivé à sa tête, en 2004, FO est apparue rassemblée autour de Jean-Claude Mailly, qui a été plébiscité pour son dernier mandat. Au leitmotiv de la « laïcité » républicaine, qui a remplacé le ciment de l’anticommunisme, s’est ajouté un autre ingrédient pour le 23e congrès : un rejet partagé de la politique du gouvernement et du patronat façon Medef. « Ce qui était important, c’est que les délégués disent "y’en a marre" et décident de passer à un cran supérieur », s’est félicité Jean-Claude Mailly. Beaucoup d’interventions en tribune ont dénoncé « la logique d’austérité », celle-là même qui justifie la décision d’appeler à une « journée de grève interprofessionnelle » au printemps. Ne pas partir seul à la bataille

Mais c’est sur un autre plan qu’est venue la surprise : celui des relations avec la CGT, largement fustigée, comme la CFDT, lors des congrès précédents. Jean-Claude Mailly a affiché clairement sa volonté de ne pas partir seul à la bataille. Il n’a pas voulu « arrêter de date car, pour que cette journée soit réussie, il faut faire une action commune », a-t-il expliqué en marge du congrès, soulignant avoir noté « ce qu’a déclaré le nouveau secrétaire général de la CGT ». Son offre vise clairement la centrale désormais dirigée par Philippe Martinez qui a, elle aussi, décidé de mobiliser au printemps.

Rares sont ceux qui ont exprimé un refus de s’associer à la « sœur ennemie », comme la fédération de la métallurgie de FO, tête de pont historique des réformistes dans l’organisation, dont le secrétaire général, Frédéric Homez, n’a pas mâché ses mots. Il faut dire que, depuis 2011, le nombre de fédérations s’affichant réformistes s’est réduit avec le débarquement de Jacques Lemercier à la tête de la fédération des télécommunications ou le changement de numéro un dans l’agroalimentaire. Son nouveau leader, Deyan Terglav, a ainsi lancé « un appel solennel […] pour organiser un jour de grève et d’action interprofessionnelle », « une première » pour sa fédération. Autant dire que les militants et proches du Parti ouvrier indépendant étaient aux anges. Gabriel Gaudy, de l’Union régionale d’Ile-de-France, a égrené les nombreuses mobilisations communes organisées avec la CGT, dont ils espèrent profiter de la crise pour l’enfermer dans une posture purement contestataire. L’initiative avait réussi avec Thierry Lepaon. Lorsque Force ouvrière avait décidé de mobiliser le 6 février 2014, la CGT l’avait rejointe. La question de la succession de Jean-Claude Mailly, qui a annoncé que son quatrième mandat serait le dernier, a été, elle, étonnamment absente du congrès. Pour l’heure, un seul candidat est déclaré : Pascal Pavageau, chargé des questions économiques notamment au bureau confédéral