Le travail pénible est concentré sur quelques secteurs

, par Michel DECAYEUX

LE 24/12 LES ECHOS

Selon une étude de la Dares, les salariés de l’agriculture, de la construction et de l’hôpital sont les plus exposés. A quelques jours de la mise en place du compte pénibilité, l’enquête du ministère du Travail (Dares) sur les conditions de travail des salariés du privé et de la fonction publique, devrait retenir l’attention (voir document en annexe fichier PDF). Selon la Dar

es, ce sont les salariés de l’agriculture, de la construction et de la fonction publique hospitalière qui sont les plus concernés par des « contraintes physiques intenses ». A savoir : rester debout longtemps ou dans une position pénible, effectuer des déplacements à pied longs ou fréquents, porter des charges lourdes, ou encore subir des vibrations. L’enquête, menée depuis 1978, ne recoupe toutefois pas tous les facteurs de pénibilité listés par le gouvernement dans sa réforme. La mesure de leur intensité n’est en outre pas superposable avec les durées et les seuils fixés par décret pour le compte pénibilité. Enfin, les agents de la fonction publique ne sont par ailleurs pas concernés par la réforme de la pénibilité.

Exposition au bruit, aux produits dangereux

Si 35 % de l’ensemble des salariés déclarent subir au moins une de ces contraintes, c’est le cas de 64 % des salariés agricoles, de 63 % dans la construction et de 52 % des agents de la fonction publique hospitalière (FPH). Pour l’exposition au bruit (défini comme « ne pas pouvoir entendre une personne placée à deux ou trois mètres »), on retrouve là encore dans une large proportion (au moins 30 %) des salariés de l’agriculture et de la construction dont l’environnement professionnel est peuplé de machines très bruyantes. Idem pour l’industrie. Ce sont ces trois mêmes secteurs qui sont très touchés par le fait de respirer des fumées ou des poussières. En revanche le contact avec des produits dangereux est beaucoup plus souvent signalé par les hospitaliers, de même que les risques infectieux (83 % à l’hôpital), dans la mesure où le contact avec des malades est le cœur de métier de ces agents.

Travail le dimanche

Concernant les horaires atypiques, 48 % des salariés travaillent le samedi (y compris occasionnellement). Ce chiffre, déjà important, atteint 70 % à l’hôpital et 65 % dans le commerce et les transports. Quant au travail le dimanche, il concerne 64 % des personnels hospitaliers et 40 % des salariés de l’agriculture, contre 28 % en moyenne. Pour le travail de nuit, ce sont les conducteurs de véhicule, les policiers et les infirmières et aides-soignants qui sont en première ligne. Le personnel hospitalier est aussi très impacté par une intensité du travail souvent élevée qui se manifeste par plusieurs paramètres. C’est le secteur où l’on déclare le plus fréquemment ne pas pouvoir interrompre momentanément son travail quand on le souhaite, ou devoir faire face à une quantité de travail excessive. Des éléments qui expliquent en partie le mouvement de grève des urgentistes qui a eu lieu en début de semaine.

Le dimanche, pause nécessaire à la cellule familiale LE MONDE | 23.12.2014

Quel serait l’impact d’une ouverture douze dimanches par an des commerces sur la vie privée et familiale des salariés concernés ? De façon étonnante, rien ou presque n’a été dit sur ce sujet depuis que le gouvernement a annoncé sa volonté d’étendre le travail dominical dans le cadre de la loi Macron, qui sera discutée à l’Assemblée nationale à partir du 26 janvier 2015. L’essentiel du débat a porté sur l’efficacité économique de la réforme, et sur la place supposée croissante de la consommation dans les loisirs. C’était l’un des principaux griefs formulés par la maire PS de Lille, Martine Aubry, dans sa tribune parue dans Le Monde du 11 décembre.

Quelques voix se sont même élevées pour saluer la mesure, comme celle du sociologue Jean Viard pour qui le travail « arythmique » a du bon pour les individus. Thierry Pech, du cercle de réflexion Terra Nova, et Gilles Finchelstein, de la Fondation Jean-Jaurès, se sont insurgés contre l’idée que la puissance publique « règle pour tous les horloges du travail et du repos Ces partisans de la mesure citent un sondage BVA du 4 décembre qui affirme que 62 % des Français sont favorables à l’ouverture des magasins le dimanche… en oubliant, signe de la forte ambivalence de la population, que 60 % ne sont, dans le même temps, pas d’accord pour travailler eux-mêmes ce jour-là.