Vote inédit dans la fonction publique

, par Michel DECAYEUX

Le 4 décembre, 5,4 millions de fonctionnaires étaient appelés aux urnes pour les élections professionnelles. La CGT a perdu du terrain, FO et Unsa ont progressé

La CGT reste le premier syndicat mais subit un recul. FO, qui reste en tête à l’Etat, et l’Unsa, qui affiche la plus forte progression globale, en profitent. La CFDT stagne.

12 décembre 2014 les échos

C’était une élection professionnelle d’une ampleur sans précédent qui a eu lieu le 4 décembre. Plus de 5 millions de fonctionnaires étaient appelés à voter pour désigner leurs représentants syndicaux dans les quelque 25.000 organes de concertation de la fonction publique. Une première : les agents de l’Etat et des hôpitaux avaient déjà voté en même temps en 2011, ceux des collectivités locales étaient aussi concernés cette fois-ci.

Le verdict est tombé le 9 décembre et il n’est pas réjouissant pour la CGT : le syndicat reste la première force chez les fonctionnaires devant la CFDT, mais a perdu plus de 2 points, une baisse sensible qui semble surtout profiter à FO et l’Unsa

Après les scandales internes, la claque électorale. Les résultats des élections de représentativité de jeudi dernier dans la fonction publique, publiés ce mardi, sont marqués par le net recul de la CGT, où Thierry Lepaon continuait ce mardi de tenter de sauver son fauteuil . Certes, la centrale de Montreuil peut se targuer de conserver, et de loin, sa première place toutes fonctions publiques confondues, avec 23,1 % des suffrages exprimés par les quelque 5,4 millions d’agents appelés aux urnes. Mais elle perd au global 2,3 points et recule partout, à l’Etat, dans les hôpitaux et en particulier dans les collectivités (-3,5 points), un de ses plus gros bastions traditionnels. Les révélations sur les dépenses effectuées pour le confort de Thierry Lepaon (logement, bureau) et son manque d’implication dans la campagne, n’ont certes pas aidé les équipes CGT sur le terrain. Mais elle ne sauraient probablement pas expliquer à elle seule ce recul de l’influence dans la sphère publique de la centrale, qui a déjà accusé ces derniers mois des déconvenues électorales chez les cheminots, à EDF, GDF , La Poste ou encore Orange.

Discours très offensif de FO

A l’opposé, FO confirme le dynamisme déjà perçu dans les scrutins précédents, en progressant partout, et en gagnant 0,5 point au global. Au passage, l’organisation conforte sa place de premier syndicat dans la fonction publique d’Etat, profitant notamment du net recul de la FSU dans l’Education (35,5 %, -5 points par rapport à 2011). La centrale de Jean-Claude Mailly - qui, comme Laurent Berger (CFDT) a, lui, su s’investir énormément dans la campagne - récolte notamment les fruits de son discours très offensif sur la préservation des services publics. « Fort de ces résultats, FO portera encore plus fermement ses revendications pour le service public républicain, ses missions, sa présence locale de proximité et l’égalité de droit », a indiqué son numéro deux, Pascal Pavageau.

Les destins contraires de la CGT, FSU et FO, pourtant toutes les trois d’essence contestataire, témoignent en outre de la difficulté à interpréter les résultats globaux, qui ne marquent pas de victoire d’une ligne dure sur une ligne plus douce, ou vice versa. Ainsi, outre FO, l’autre grand vainqueur du scrutin est la très réformiste Unsa, qui gagne 1 point au global, dépasse la CFDT à l’Etat pour y devenir la troisième force et peut se targuer d’être l’organisation qui a gagné le plus de voix par rapport au scrutin précédent. Le constat est plus mitigé pour l’autre grande organisation réformiste, la CFDT, qui stagne mais conserve la deuxième place globale.

Les contestataires quand même majoritaires Reste que ce camp réformiste risque de se sentir isolé dans le conseil supérieur commun aux trois fonctions publiques, où se discutent les plus grandes réformes, puisque la CFTC, qui poursuit sa longue chute, et la CGC, qui reste forte dans la police et la défense mais quasi inexistante ailleurs, vont y perdre leur siège, ce scrutin marquant la pleine entrée en vigueur dans la fonction publique de la réforme de la représentativité syndicale de 2010. Au final, comme le relève Guy Groux, chercheur au Cevipof, « les syndicats contestataires, la CGT, la FSU, FO et Solidaires, restent quand même majoritaires », par rapport aux réformistes, alors que dans le privé, ces derniers sont « très légèrement » devant.

Dans l’Education nationale : la claque de la FSU et la percée de FO

Tout en restant majoritaire, la FSU perd de sa superbe, avec 5 points de moins par rapport à 2011, et parle d’un « repli regrettable ».

Un syndicat majoritaire (FSU) qui recule de 5 points ; un deuxième (UNSA Education), dit réformiste, qui progresse ; d’autres, présentés comme contestataires ou conservateurs (FO et le SNALC), qui font une percée… Au lendemain des premiers résultats des élections professionnelles dans l’Education nationale, l’interprétation s’avère bien délicate. Il serait trop simpliste de conclure à la victoire de tel ou tel camp, qu’il soit dit réformiste ou conservateur. Le détail des résultats, par corps, attendu ce vendredi 5 décembre, devrait permettre des interprétations plus fines. On verra, par exemple, si le recul de la FSU vient du premier degré – et du positionnement sur les rythmes scolaires, comme le croient déjà certains observateurs -, ou pas

« On n’échappe pas au contexte général et à des collègues en proie aux doutes, confiait jeudi soir aux « Echos » la secrétaire générale de la FSU, Bernadette Groison. Le discours qu’on porte sur le fait qu’il faut réfléchir, proposer, agir n’est pas forcément évident dans cette période. » Commentant la percée de FO, Bernadette Groison ajoutait : « On voit qu’un positionnement plus tranché peut rassurer. » Dans un communiqué, la FSU parlait jeudi soir d’un « repli regrettable ». « Paradoxe » Au SE-UNSA, on se disait jeudi « contents » des résultats – le syndicat enregistre un score de 21,89 % (contre 20,72 % en 2011) au Comité technique ministériel. Le secrétaire général du SE-UNSA Christian Chevalier parle d’un « paradoxe » avec, d’un côté, « des progressistes qui veulent que ça bouge » et, de l’autre, « les syndicats les plus réactionnaires et rétrogrades comme le SNALC et FO qui progressent ». La FSU se fait selon lui « manger par les deux bouts, c’est-à-dire par certains syndicats plus réformistes et par d’autres plus contestataires ». La centrale syndicale enregistre un recul qu’il qualifie d’« historique ». Dans un communiqué, FO interprétait jeudi soir ses +3,5 points (par rapport à 2011) comme un résultat « contre la politique de rigueur et d’austérité qui met à mal les services publics, les conditions de travail et les salaires des fonctionnaires. »

Au SNALC, où l’on s’apprêtait jeudi soir à « fêter » le bon score, Jean-Rémi Girard disait son souhait de « réformer l’école dans une vision différente ». Avec son entrée au Comité technique ministériel, il entend à la fois peser sur « la réforme du collège, la modification des programmes scolaires et les conditions de travail des personnels ». Jugeant, sur le collège, l’approche de la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, « intéressante » lorsqu’il s’agit de faire travailler les élèves en difficulté en petits groupes. Car « cela ressemble à notre vision du collège modulaire ». Pour expliquer ses bons résultats, le SNALC mettait jeudi soir en avant, dans un communiqué, sa « ferme opposition à la réforme des rythmes scolaires dans le primaire ». L’opposition à cette réforme avait aussi été le créneau de SUD Education, mais elle ne lui a visiblement pas aussi bien réussi, puisque SUD Education perd son seul siège au Comité technique ministériel.

Dans la police, Alliance devance FO

Le syndicat policier Alliance, longtemps réputée proche de Nicolas Sarkozy, est arrivé en tête avec 33,75% des votes au Comité technique ministériel, devançant FO (32%).

Le syndicat policier Alliance est arrivé en tête avec 33,75% des votes au Comité technique ministériel (CTM), devançant FO qui a obtenu près de 32% des suffrages, selon des chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur ce vendredi matin. Alliance, longtemps réputée proche de Nicolas Sarkozy, remporte 6 sièges au CTM, l’instance de négociation au ministère où seules les organisations ayant des élus peuvent signer des accords. Force ouvrière (31,99%), plus marqué à gauche, aura également 6 représentants au CTM. Arrivée en troisième position, l’Unsa (12,92%), se voit attribuer 2 sièges. Un siège revient à la CFDT (10,14%). Les autres listes n’obtiennent aucun siège. La CGT a obtenu 3,39% des suffrages. Deux listes proches de l’extrême droite bien que récusant cette étiquette, la FPIP et France Police, ont recueilli respectivement 3,35% et 0,95%. La liste de la CFTC est créditée de 1,06%, Sud 0,96%, FSU 0,84%. Pour la première fois, le CTM a été élu au suffrage direct, avec un taux de participation de 68,15%, a précisé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué. En dehors du CTM, plus de 400 instances de concertation, locales et nationales, ont été renouvelées avec « des taux de participation élevés, en général proche de 70% », selon la place Beauvau.