Europe : 315 milliards d’euros en trois ans pour relancer la croissance

, par Michel DECAYEUX

le 26.11.2014 AFP

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a annoncé ce mercredi un plan destiné à mobiliser 315 milliards d’euros pour des investissements en Europe au cours des trois prochaines années afin de relancer la croissance et de « remettre l’Europe au travail ».

Ce plan aux mécanismes complexes, qui ne devrait pas plomber la dette des pays membres, a pour objectif de créer un million d’emplois. Il « sera opérationnel en 2015 » et « reconduit pour la période de 2018 à 2020 », a précisé le président de la Commission européenne, ajoutant que « c’est le plus gros effort récent entrepris par l’Europe pour l’investissement. Pour chaque euro mis dans ce programme, on va générer 15 euros pour la recherche et développement ou les infrastructures » dans le domaine énergétique, numérique et dans les transports.

Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement français, a affirmé que « la France accueille favorablement le plan Juncker ». Lors des questions à l’Assemblée, le ministre des Finances Michel Sapin a salué « une bonne nouvelle pour l’Europe et pour la France.(...) Il n’y aucune raison de bouder notre plaisir. C’est un plan d’investissement tourné vers les secteurs d’avenir (...), c’est une bonne base qu’il faut améliorer. » De même la chancelière allemande Angela Merkel a affirmé « soutenir sur le principe » le plan de la Commission.

L’Europe en panne d’investissement. Au deuxième trimestre 2014, les investissements en Europe étaient inférieurs de 15% par rapport au même trimestre de 2007, avant la crise, soit une baisse de 430 milliards d’euros. Autre constat : si les liquidités existent, surtout avec des taux d’intérêts bas, elles n’arrivent pas à financer l’économie réelle assez rapidement ou avec efficacité. Selon Jean-Claude Juncker, cette situation nuit fortement à la « compétitivité ». Une partie du dispositif, soit 75 milliards d’euros, doit être consacrée aux PME et aux entreprises à moyenne capitalisation, qui rencontrent plus de problèmes que les multinationales pour obtenir des financements sur les marchés. Un savant montage. Un nouveau fonds va être constitué : le Fonds européen pour les investissements stratégiques, géré par la Banque européenne d’investissement (BEI). Il sera doté de 21 milliards d’euros provenant de deux sources : 5 milliards de la BEI et 16 milliards du budget de l’UE, sous forme de garantie. Avec ces 21 milliards, la BEI pourra prêter jusqu’à 60 milliards d’euros en empruntant sur les marchés. Le reste sera apporté par des cofinanceurs publics (banques, assurances...) ou par les Etats. Dans ce cas, les sommes apportées par les pays ne seront pas prises en compte comme du déficit dans le cadre du respect du pacte de stabilité et de croissance.

Pour financer quoi ? Les projets de financement seront choisis parmi des listes sélectionnées par les Etats de l’UE. 800 projets seraient en lice mais tous ne seront pas financés. Ils seront choisis par la Commission et la BEI en fonction de « leur valeur ajoutée européenne, de leur viabilité, de leur valeur économique et de la possibilité qu’ils puissent débuter d’ici 2017 ». En revanche, la commission s’interdit d’avoir des quotas par pays.

En attendant, les Etats devront se prononcer en décembre sur le plan.

Les vrais-faux cadeaux de Noël de Jean-Claude Juncker . La Libre Belgique.27.11.2014

En réalité, seuls 21 milliards d’euros seront apportés au futur fonds européen d’investissements stratégiques

Le Plan Juncker est une coquille vide Communique FORCE OUVRIERE Paris, le 26 novembre 2014

La situation de l’économie européenne est connue : croissance proche de zéro, emploi en berne, près de 26 millions d’européens au chômage, déclin de l’investissement public et privé… Pour sortir du marasme, FORCE OUVRIERE avec la CES revendique un plan d’investissement ambitieux au niveau européen de l’ordre de 2% par an du PIB européen (soit 260 milliards par an pendant 10 ans).

Cette proposition sur la table depuis plus d’un an semblait avoir trouvé un premier écho en juillet dernier lorsque le Président désigné de la Commission avait annoncé la mise en œuvre d’un plan d’investissements publics et privés de 300 milliards d’euros sur 3 ans (soit environ 0,77% du PIB européen). FORCE OUVRIERE avait déjà souligné que cette proposition était largement en deçà du Plan d’investissement proposé par la CES mais attendait d’en connaitre les modalités. Hélas, le plan présenté aujourd’hui est une coquille vide, sans argent frais injecté dans l’économie, à l’image de ce qui avait été proposé en 2012 dans le cadre du Pacte de croissance négocié par le président français en échange de sa signature coupable du Pacte budgétaire.

Pour parvenir au chiffre de 300 milliards, Juncker mise surtout sur l’investissement privé. Les investisseurs privés seraient garantis par l’Union par le biais d’un « nouveau » fonds européen de 20 milliards d’euros placé sous le contrôle de la Banque européenne d’investissement (BEI) et abondé par des crédits déjà inscrits dans le budget européen. La Commission mise ensuite sur d’hypothétiques « effets de levier ». Pour FORCE OUVRIERE, l’Europe a besoin d’investissements publics ambitieux, concrets et pérennes. Les taux d’intérêt en Europe n’ont jamais été plus bas, ce qui constitue une réelle opportunité pour financer un ambitieux plan d’investissement. La nouvelle Commission rate donc l’occasion de mettre l’Europe sur de nouveaux rails. La revendication de FORCE OUVRIERE demeure : plus d’investissements publics pour plus d’emplois, plus de justice sociale, de meilleures politiques de coopérations inter Etats notamment sur un plan industriel et une croissance solide et durable.