Le patronat décrète une semaine de mobilisation dès le 1er décembre

, par Michel DECAYEUX

Les patrons menacent de... descendre dans la rue

7-9 novembre 2014 (Le parisien, les échos,AFP)

Malgré la prolongation du CICE après 2017, le patronat est très remonté contre deux mesures accusées d’être un casse-tête administratif. Geoffroy Roux de Bézieux annonce qu’une semaine d’actions sera menée par le patronat - Medef et CGPME réunis - dès le 1er décembre. Compte pénibilité, loi Hamon, compétitivité en berne... les patrons français ne manquent pas de sujets d’inquiétudes. Pour exprimer leur ras-le-bol, le Medef et la CGPME appellent à une semaine de mobilisation dès le 1er décembre. Geoffroy Roux de Bézieux l’annonce ce 7 novembre sur BFM Business. "On va simplement manifester sous diverses formes. Il y aura des réunions, il y aura des témoignages, certains descendront peut-être dans la rue (pour dire) le ras-le-bol et la souffrance des patrons français", annonce-t-il. Le CGPME privilégierait des manifestations de rue, à Paris et Toulouse, tandis que le Medef opterait pour des modes d’action "plus doux", comme l’envoi de lettres ouvertes, des réunions et témoignages de patrons. Le numéro 2 du Medef dresse un constat alarmant. "Il y a un patron de PME qui se suicide tous les deux jours, les trésoreries sont à sec, les défaillances d’entreprises sont au plus (haut) et le gouvernement rajoute pratiquement chaque jour une petite taxe par là, une mesure de complexité par là, donc il y a un vrai ras-le-bol". PAS CONVAINCU PAR FRANÇOIS HOLLANDE SUR TF1 L’appel du Medef est lancé quelques heures après l’intervention du chef de l’Etat à la télévision. Et ce n’est pas un hasard, le signe sans doute que François Hollande n’a pas réussi à répondre aux inquiétudes des patrons. "Le discours d’hier soir n’est pas à la hauteur, il est loin de ce qu’il faut faire", a jugé Geoffroy Roux de Bézieux.

Pourquoi les patrons ont décidé de passer à l’action

Le Medef, la CGPME et l’UPA mobiliseront début décembre pour relayer la « colère » des chefs d’entreprise. L’exécutif et le PS fustigent l’initiative. « Il y a un vrai ras-le-bol, il y a un vrai sentiment de colère, les patrons n’en peuvent plus. Et il est logique qu’on trouve un moyen d’exprimer de manière calme et rationnelle ce ras-le-bol. » Interrogé vendredi dernier sur la semaine de mobilisation décidée par le patronat pour début décembre, Geoffroy Roux de Bézieux, vice-président du Medef, résume parfaitement la difficulté à laquelle fait face le patronat vis-à-vis de ses adhérents. Face à la « colère » et au « ras-le-bol », il faut des réponses « calmes et rationnelles ». Une vraie gageure. Dans les faits, personne ne conteste la situation particulièrement difficile à laquelle font face les dirigeants d’entreprise. Aucun indicateur macroéconomique ne s’est véritablement amélioré et les perspectives d’investissement dans l’industrie sont même en recul. Face à cette spirale négative et à l’« exaspération » qui remonte de la base, les organisations patronales ont bien du mal à trouver une réponse adéquate. « Il faut ouvrir la Cocotte-Minute qui bout, sinon le couvercle va exploser », pronostique un leader du Medef. « Le but est de donner la parole aux patrons, qu’ils puissent s’exprimer et expliquer, notamment aux élus, pourquoi tout n’est pas rose en entreprise malgré les 40 milliards du pacte de responsabilité », ajoute-t-on dans l’entourage de Pierre Gattaz. Dialogue de sourds Il va falloir beaucoup de pédagogie si l’on en juge par la réaction du groupe PS à l’Assemblée après l’annonce de cette semaine assez inédite de mobilisation. « Alors que la nation déploie un effort sans précédent en faveur de la compétitivité des entreprises, l’appel à une semaine revendicative, c’est le monde à l’envers », estiment les porte-parole du groupe socialiste, Annick Lepetit et Hugues Fourage. « Là où l’on attend un esprit de conquête, des investisseurs audacieux, MM. Gattaz et Roux de Bézieux donnent le spectacle de rentiers rabougris. La France se réforme. Les Français se réforment. La seule organisation qui ne se réforme jamais, c’est le Medef », insistent-ils. La phase d’explication pourrait donc tourner au dialogue de sourds. Et avoir un impact négatif sur la négociation en cours avec les partenaires sociaux, qui a déjà bien du mal à avancer. Pour preuve la prochaine séance, prévue le 13 novembre, a été reportée au 21. Côté gouvernement, l’initiative patronale agace aussi beaucoup. « Ils s’agitent, grand bien leur fasse. C’est désespérant », regrette un conseiller, qui doute fort qu’une manifestation de patrons puisse regrouper plusieurs milliers de manifestants. « Cela commence à devenir banal et cela démonétise la parole patronale », regrette ce même conseiller.

Effectivement, les patrons n’en sont pas à leur premier coup de boutoir vis-à-vis du gouvernement. Avec un certain résultat, il faut le reconnaître. Il y a tout juste un an, ils avaient envoyé un carton jaune à l’exécutif. Quelques semaines après, François Hollande annonçait le pacte de responsabilité