Revoir les règles de l’assurance-chômage, un débat « légitime » pour Valls

, par Michel DECAYEUX

Manuel Valls persiste : « la question de l’efficacité, de l’équité des règles » du régime d’assurance-chômage « est un débat légitime. » le Premier ministre a confirmé son projet, esquissé devant la presse lundi lors de sa visite à la City à Londres : rediscuter des règles de l’assurance-chômage, en particulier le montant et la durée des indemnisations Les partenaires sociaux « auront à se poser à nouveau » les questions « des devoirs des chômeurs associés à leurs droits, (de) l’accompagnement de ces chômeurs par Pôle Emploi, (de) la question de l’incitation à la reprise la plus rapide d’une activité » au cours de la prochaine renégociation de l’assurance chômage, a ajouté Manuel Valls.

Ces discussions auront lieu au plus tard dans deux ans, au terme de l’actuelle convention de l’Unedic qui vient d’entrer en vigueur le 1er juillet. Autour de la table se retrouveront comme d’habitude syndicats et patronat, les seuls habilités à changer les règles le gouvernement ayant, lui, le pouvoir d’agréer ou non le texte.

Les syndicats vent debout Mais les syndicats ont déjà montré les dents. , Jean-Claude Mailly FO, a quant à lui jugé le « ballon d’essai » de Valls « pas vraiment acceptable », rappelant que la question n’était « pas de la responsabilité du gouvernement ».

Indemnisation des chômeurs : le gouvernement dans les pas du patronat !

Force Ouvrière condamne vivement les propos tenus par le Premier Ministre et Monsieur Le Guen, Secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, à l’encontre des demandeurs d’emploi indemnisés. Pour FO, il est inadmissible de dire que le niveau d’indemnisation des demandeurs d’emploi en France conduit ces derniers à ne pas rechercher d’emploi et par conséquent que le niveau d’indemnisation est une cause du niveau élevé de chômage dans notre pays. En tenant de tel propos, le gouvernement ne fait que reprendre les arguments du patronat français qui demande le retour de la dégressivité des allocations d’assurance chômage, bien qu’inefficace en termes de retour à l’emploi. FO tient à rappeler que le régime d’indemnisation n’est pas responsable du manque de création d’emploi en France.

Par ailleurs, FO rappelle que le taux de remplacement net moyen (assurance chômage + allocations d’Etat) est en France inférieur à l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Belgique, la Suède, la Suisse, le Danemark et les Pays-Bas. Or ces pays n’ont pas le même taux de chômage qu’en France. FO rappelle également que l’assurance chômage est un stabilisateur de la consommation française. L’allocation chômage permet à des millions de demandeurs d’emploi de consommer et donc de soutenir l’activité économique. Force Ouvrière dénonce cette nouvelle stigmatisation des demandeurs d’emploi que le gouvernement voudrait faire passer pour des personnes ne recherchant pas un emploi car trop bien indemnisés. Avec plus de 5 millions de demandeurs d’emploi en catégorie A, B et C, les propos tenus par le gouvernement sont méprisants pour ces demandeurs d’emploi qui ne demandent qu’un emploi durable et de qualité.

Enfin, au regard des attaques récentes du MEDEF et aux propos tenus par le gouvernement, Force Ouvrière se félicite, que grâce à sa signature, les principes fondamentaux de l’assurance chômage soient maintenus : durée d’indemnisation longue avec un revenu de remplacement décent, prise en compte des demandeurs d’emploi les plus en difficulté. Une nouvelle fois les propos tenus par le gouvernement démontre que libéralisme économique va de pair avec autoritarisme social.

Valls maintient la pression sur les syndicats

. Cette semaine, le contraste fut saisissant sur la réforme de la durée et du montant de l’indemnisation de l’assurance chômage : Valls voulait aller vite et Hollande temporisait.

Le Président l’a dit à ses proches, sur ce sujet, il n’a "aucun désaccord" avec le Premier ministre. Et Manuel Valls le confie en souriant au JDD : "Je n’ai aucune différence avec François Hollande. Voilà pour la forme, mais qu’en est-il du fond ? "

Voilà pour la forme, mais qu’en est –il du fond ? Ce qui est prévu, c’est l’accompagnement des chômeurs par Pôle emploi. Tout de suite. La négociation Unedic est prévue début 2016", prévient un conseiller de Hollande. Faut-il réformer le système d’indemnisation des chômeurs ? "C’est de la responsabilité des partenaires sociaux, le gouvernement peut leur fixer des limites", démine l’Élysée. "Je refuse qu’on vive avec un chômage de masse parce qu’il est bien indemnisé. La question du retour à l’emploi, sans stigmatiser les chômeurs car personne ne choisit d’être au chômage, se pose. Ce débat est incontournable. On ne peut pas abandonner la moindre piste et se cacher derrière le moindre tabou alors qu’on a un chômage si massif depuis des années et qu’on est en récession dans la zone euro. Il faut explorer toutes les pistes sur le marché du travail, la formation, l’apprentissage et l’Unedic. Il faut avancer. Avec de la méthode, de la lucidité, du courage, on peut traiter ces questions", affirme Manuel Valls. "Valls donne le sentiment de poser des jalons pour plus tard" Le Premier ministre n’est "pas favorable à la nationalisation de l’Unédic" et laissera la négociation aux mains des partenaires sociaux. La question de la préférence française pour le chômage est bien là. Des accidents surviennent quand la terre est sèche. Or la question du chômage taraude la société française. Le modèle est à bout de souffle, il faut le réinventer. Est-ce à l’État de le faire ? En tournée dans plusieurs pays européens ces dernières semaines, le premier ministre Manuel Valls s’est attaqué à plusieurs reprises au régime français d’assurance chômage. Ce qu’il a dit : Berlin, fin septembre : « La France a une préférence pour le chômage de masse bien indemnisé, c’est un fait. » Londres, lundi 6 octobre : « Nous, en France, avons fait le choix d’un chômage très important et très bien indemnisé. »

Emmanuel Macron relance le débat de la réforme de l’Assurance-chômage Le Monde.fr avec AFP | 12.10

Réformer l’Assurance-chômage en France ? « Il ne doit pas y avoir de tabou ni de posture » sur le sujet, estime le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, dans son interview au JDD « L’Assurance-chômage est en déficit de 4 milliards d’euros ; quel responsable politique peut s’en satisfaire ? Il y a eu une réforme, elle est insuffisante. On ne pourra pas en rester là. C’est aux partenaires sociaux qu’il appartient de faire avancer les choses. (…) Mais comme l’Etat garantit financièrement le régime, il peut aussi reprendre la main si les blocages sont trop lourds. Le sujet reviendra en temps voulu. » Sur l’indemnisation du chômage il y a une convention qui vient d’être signée en 2014 et une autre est prévue en 2016, et il y a une rencontre qui est organisée entre les partenaires sociaux et Pôle emploi. » Le nouveau ministre de l’Economie s’en est pris jeudi aux grandes entreprises françaises accusées de préférer la hausse des salaires et des dividendes au détriment de l’emploi et l’investissement.

Allocations chômage : les Français sont-ils mieux lotis que leurs voisins ?

La France est-elle en tête des allocations chômages en Europe ? Où se situe-t-elle par rapport à ses voisins ? Notre comparatif :Infographie