Lundi de Pentecôte : la journée de solidarité rapportera 2,4 milliards

, par Michel DECAYEUX

09.06.2014 Le Parisien

Depuis 2008, journée de solidarité ne rime plus obligatoirement avec lundi de Pentecôte même si, aujourd’hui, de nombreux Français seront au travail.

Travaillera ou travaillera pas aujourd’hui ? Selon une étude réalisée par le groupe d’intérim Randstad, « huit salariés sur dix resteront à la maison aujourd’hui ». Ce qui signifie, à l’inverse, qu’à peu près 20 % des Français prendront le chemin du travail. Certes, depuis 2008, le lundi de Pentecôte est à nouveau un jour férié.

Vos amis peuvent maintenant voir cette activité Supprimer X Depuis cette date, le choix de la date de la journée de solidarité instaurée en 2004 après la canicule de 2003, fatale à près de 19 000 individus en France (dont un grand nombre de personnes âgées), est laissé à la libre appréciation des employeurs. Trois options sont possibles : demander aux salariés d’effectuer sept heures supplémentaires « gratuites » dans l’année, supprimer une journée de RTT ou venir faire travailler son personnel durant n’importe quel jour férié (à l’exception du 1 er Mai), le salarié étant libre de poser un congé ou une RTT ce jour-là. Dans les faits, donc, rien ne s’oppose à ce que ce lundi de Pentecôte ne soit pas chômé mais travaillé.

Même si, selon Randstad, « les entreprises sont chaque année plus nombreuses à réduire leur activité le lundi de Pentecôte, voire à fermer boutique », pour plusieurs secteurs, cette journée sera comme une autre. C’est le cas pour les grandes surfaces, les commerces, les musées nationaux, les piscines. Idem pour les services publics (police, hôpitaux, ramassage des ordures), les aéroports, les transports en commun (SNCF et métro) tournant eux au ralenti, à l’instar des autres jours fériés de l’année. Calme plat en revanche dans l’industrie et dans le BTP ainsi que dans le secteur de la logistique, les transporteurs routiers étant interdits de circulation. Au total, combien de Français sont-ils, précisément, à travailler aujourd’hui ? Le ministère du Travail dit ne pas avoir de statistiques suffisamment détaillées pour répondre à cette question.

Une chose est sûre : que la journée de solidarité ait lieu aujourd’hui ou tout autre jour de l’année, celle-ci devrait rapporter 2,46 Mds€ cette année. Un chiffre quasi stable par rapport à l’an dernier (voir infographie ci-dessus). Cet argent (les entreprises paient une contribution égale à 0,3 % de leur masse salariale) est versé à la Caisse nationale de solidarité (CNSA).

A quoi sert-il ? 60 % de cette somme est réservée aux personnes âgées, notamment au financement des maisons de retraite les accueillant et de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA). Les 40 % restants sont destinés aux dispositifs en faveur des handicapés. En l’espace de dix ans, près de 23 Mds€ ont été collectés.

Le hic, c’est que les directeurs des établissements et des services se plaignent, depuis 2005, qu’une partie de cette somme (près de 3 milliards) n’a pas été versée à la CNSA mais a servi à combler une — toute petite — part du déficit de la Sécu. « En dix ans, ce sont quelque 100 000 emplois qui auraient pu être financés », peste Pascal Champvert, président de l’Adehpa, l’Association des directeurs au service des personnes âgées. De fait, un rapport des inspections générales des affaires sociales (Igas) et des finances (IGF) avait confirmé en 2010 une procédure budgétaire « défaillante » de la CNSA.

Pascal Champvert craint d’ailleurs qu’il en arrive de même avec les 650 MEUR de la toute récente taxe prélevée sur les pensions des retraités imposables créée pour financer le projet de loi sur l’autonomie des seniors. « L’argent est reversé au fonds de solidarité vieillesse. Il n’est pas affecté à ce à quoi il devait l’être », regrette ce dernier.