1er Mai dans le monde : la fête des travailleurs tourne à la contestation

, par Michel DECAYEUX

le 01.05.2014, AFP

Des millions de personnes battent le pavé ce jeudi dans le monde pour la Fête du Travail, dans un contexte parfois tendu, comme à Istanbul, où des heurts La police turque a dispersé à coup de canon à eau et de gaz lacrymogènes des centaines de manifestants qui tentaient de défier l’interdiction de se rassembler sur la Place Taksim, lieu emblématique de la contestation contre le gouvernement turc. Entre police et manifestants ont éclaté un an après la vague de contestation qui a secoué la Turquie.

L’an dernier déjà, de violentes échauffourées avaient opposé la police aux syndicats et à leurs troupes autour de Taksim alors en plein travaux d’aménagement, interdite aux manifestants pour raisons de sécurité.

Un mois plus tard, la place et son petit parc Gezi sont devenus le lieu emblématique de la fronde contre Erdogan. Pendant plus de deux semaines, des dizaines de milliers de Turcs y ont conspué son nom et réclamé sa démission, l’accusant de dérive autoritaire et islamiste.

Les célébrations du 1er Mai ont aussi été perturbées au Cambodge où les syndicats avaient appelé à manifester pour soutenir des ouvriers du textile en grève dans deux zones économiques spéciales près de la frontière avec le Vietnam. La plupart des travailleurs de ce secteur vital pour l’économie cambodgienne, qui emploie 650 000 personnes, gagnent moins de 100 $ par mois. La police, armée de matraques et de bâtons, a dispersé les manifestants rassemblés aux abords du Parc de la liberté, à Phnom Penh, fermé pour en empêcher l’accès aux opposants au Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 30 ans. Plusieurs personnes ont été sévèrement battues. « Les droits des travailleurs ont été bafoués », a réagi Ath Thorn, président de la confédération des travailleurs des industries textiles.

Thaîlande et Indonésie

En Asie, des manifestations sont organisées en Indonésie ou en Malaisie : à Kuala Lumpur, des milliers de personnes ont défilé pour protester contre un projet de nouvelle taxe mais aussi contre la condamnation en appel du dirigeant de l’opposition malaisienne Anwar Ibrahim, accusé de sodomie et acquitté en 2012. Mais les cortèges fleurissent aussi dans les économies parmi les plus développées de la région, à Hong Kong, Singapour, Séoul ou Taïwan, où l’augmentation du coût de la vie, et en particulier le prix exorbitant du logement, creusent les inégalités. En Europe, de nombreux défilés marquent traditionnellement le 1er Mai, « journée internationale des travailleurs« née lors du mouvement pour la réduction du temps de travail, à la fin du 19e siècle, aux Etats-Unis.

En France, les syndicats défilent sous des bannières différentes pour la deuxième année consécutive. Plus de 300 défilés ont eu lieu dans toute la France. La CGT et FO battent le pavé ensemble à Paris contre le plan d’économie de 50 milliards d’euros annoncé par le Premier ministre Manuel Valls, tandis que la CFDT et l’Unsa se rassemblent dans la capitale place Stalingrad, à Paris (19e)sous le signe de l’Europe. Les rangs sont peu fournis devant la scène du rassemblement Des rassemblements dans les grandes villes de province. A Toulouse (Haute-Garonne), la CGT a revendiqué 6000 manifestants (2800 selon la police). A Bordeaux (Gironde), entre 400 et 10 000 personnes étaient dans la rue, davantage qu’en 2013. « Cela ne peut plus durer, ça va péter », scandaient les manifestants. Particularité locale à Strasbourg (Bas-Rhin) où, à l’inverse des autres villes, la CGT et la CFDT faisaient cortège commun pour défendre le régime local d’assurance maladie. A Rennes, où les manifestants FO et CGT ont scandé « PS, Medef, CFDT, « empaquetés », arrêt, arrêt de l’austérité », le défilé a réuni entre 1300 personnes, selon la police, et 3000, selon la CGT. A Rouen, entre 950 personnes selon la police et 1200 selon la CGT ont défilé derrière une banderole proclamant : « Pour l’emploi, les salaires, la sécurité sociale, les services publics, refusons le pacte de responsabilité ».

L’Espagne, qui sort timidement du marasme économique et reste minée par un chômage record, descendra également dans la rue avec des manifestations à Madrid et dans plus de 70 villes.

Défilés également en Grèce et en Italie où le jeune chef du gouvernement, Matteo Renzi, a fait vœu de redonner la confiance aux Italiens qui sortent tout juste de plus de deux années de récession.

A Moscou, environ 100 000 personnes ont défilé sur la Place Rouge, renouant avec une tradition datant de l’Union soviétique en pleine vague de patriotisme en Russie exacerbée par la crise ukrainienne. Ce rassemblement aux portes du Kremlin est une première depuis 1991. « Je suis fier de mon pays », « Poutine a raison » indiquaient les pancartes brandies au milieu de nombreux drapeaux russes et de ballons blancs, bleus et rouges aux couleurs du drapeau national. Selon le leader de la Fédération des syndicats de Russie, Mikhaïl Chmakov, cité par l’agence Interfax, plus de deux millions de personnes ont participé aux défilés organisés à travers toute la Russie pour célébrer la « journée internationale des travailleurs », qui célèbre les luttes ouvrières pour la réduction du temps de travail à la fin du 19e siècle aux Etats-Unis. Malaisie Cambodge