Titres-restaurants : le danger du blanchiment d’argent

, par Michel DECAYEUX

12/02 Les échos

On penserait plutôt aux casinos, au marché de l’art, aux paris sportifs, mais il est un autre domaine qui se prête au blanchiment d’argent sale : les titres-restaurants. Pour Tracfin, l’organisme du ministère de l’Economie et des Finances chargé de la lutte contre le blanchiment d’argent, c’est un secteur à risque. Les sociétés émettrices de titres ayant l’obligation de rembourser dans un délai de 21 jours les restaurateurs, ces titres offrent une liquidité intéressante. Dans son rapport annuel 2012, Tracfin souligne que « les espèces ainsi collectées peuvent être utilisées pour rémunérer de la main d’œuvre dissimulée ou payer des marchandises sans que l’on puisse en formaliser la traçabilité ». Restaurants « écrans »

Le rapport annuel cite l’exemple d’un « réseau organisé de sociétés de la restauration, caractérisé par une structure de chiffre d’affaires composée substantiellement par des titres et l’absence d’espèces bancarisées ». « Compte tenu du chiffre d’affaires réalisé, il parait peu probable que ces flux financiers correspondent à une exploitation réelle », poursuit le document.

Il s’agit en fait d’un réseau structuré de restaurants chinois écrans, que Tracfin a signalé au parquet de Versailles. Une famille chinoise, à la tête de cinq commerces situés en Ile-de-France, est suspectée d’avoir recyclé en neuf mois l’équivalent de 10 millions d’euros grâce au remboursement de titres-restaurants. La holding tenue par la famille se livre à des activités délictuelles et, pour blanchir ces revenus, s’associe à des restaurants qui rachètent, dans des circuits parallèles, sur Internet, auprès de particuliers ou d’autres restaurants, des tickets non utilisés, revendus aux sociétés émettrices, ou plutôt à la Centrale de règlement des titres (CRT). L’argent est ensuite transféré vers l’Asie.

Vers une cybercriminalité Chez Edenred, on se dit très attentif et on surveille en particulier toute demande de remboursement supérieur à 10.000 euros par jour de la part d’un restaurateur. Selon Tracfin, la dématérialisation des supports devrait en partie résoudre ce type de blanchiment mais en revanche favoriser la cybercriminalité. Edenred, qui a mis en circulation des cartes prépayées dans de nombreux pays, dédie déjà des équipes à traquer cette cybercriminalité 24 heures sur 24, l’une basée à Londres et l’autre en Amérique Latine. « Et nous avons également trois hackers qui passent leur temps à tenter des intrusions pour identifier les failles potentielles », souligne Jacques Stern, PDG d’Edenred.