BTP : la prévention des risques liés aux chutes de hauteur renforcée en Picardie

, par Michel DECAYEUX

12.02.2014 Usine nouvelle et JDN

La Caisse d’Assurance Retraite et Santé au Travail (CARSAT) Nord-Picardie et le Régime Social des Indépendants (RSI) Nord-Pas de Calais Picardie, viennent de nouer un partenariat pour aider les TPE du BTP à mieux sécuriser leurs chantiers.

Patrice Grimonprez, contrôleur de sécurité de la CARSAT, nous précise comment bénéficier de cette nouvelle action de prévention

Pourquoi renforcer la prévention des risques liés aux chutes de hauteur ?

Patrice Grimonprez : Les statistiques parlent d’elles-mêmes. En 2011, en France, il y a eu 79 décès dus à des chutes de hauteur sur chantier. C’est la deuxième cause d’accidents mortels survenant au travail. Plus largement, dans le secteur du BTP, il y a eu près de 80 000 accidents causés par une chute de hauteur. Insuffisance de moyens techniques ou organisationnels, manque de formation, contexte économique difficile, concurrence… L’ensemble de ces facteurs contribuent à ce résultat. La CARSAT Nord-Picardie et les RSI du Nord-Pas de Calais et de Picardie ont donc signé une convention de partenariat le 28 mai 2013, pour aider et accompagner les entreprises dans leurs démarches de prévention.

Quelles entreprises peuvent bénéficier de cette démarche ?

Patrice Grimonprez : La démarche s’adresse aux TPE du BTP notamment les couvreurs, les charpentiers et les maçons, ayant de zéro à trois salariés. Nous proposons aux entreprises « un contrat » à travers la signature d’une convention tripartite ENTREPRISE, CARSAT et RSI. Pendant un an, l’entreprise s’engage à nous communiquer la liste de ses chantiers et bénéficie en retour de conseils de prévention, notamment des risques de chute de hauteur, de la part des agents de prévention chargés de visiter ces chantiers. Dans le même temps, ces artisans peuvent avoir accès à des aides financières pour l’acquisition de matériel (échafaudage, nacelle, matériel de protection périphérique des bâtiments…) et la formation de leurs salariés.

N’est-ce-pas une nouvelle contrainte pour les TPE ?

Patrice Grimonprez : Bien au contraire, la démarche est simplifiée. Les entreprises n’ont qu’à signer la convention. Ce sont les représentants des Caisses qui se déplacent ensuite sur les chantiers, pour apporter du conseil et faciliter l’accès aux aides financières. Dans le Nord-Pas de Calais, un certain nombre d’entreprises ont déjà signé ce contrat. En Picardie, les premières signatures vont prochainement être enregistrées. Cette action de prévention permet vraiment aux artisans de travailler en sécurité sur leurs chantiers.

Les métiers les plus dangereux

De la maladresse au stress en passant par la déveine... Les accidents du travail ont toujours une explication. Reste qu’ils sont particulièrement mal répartis parmi les travailleurs. Dans certains secteurs, ils sont relativement courants. Ailleurs, ils sont quasiment inexistants. Sauf à considérer que des corps de métiers entiers sont particulièrement malchanceux, l’évidence est que certains métiers sont bien plus dangereux que d’autres. Selon une étude de la Dares qui leur est consacrée, 657 400 accidents du travail ont été recensés en 2010. Un chiffre relativement bas comparée aux années précédentes, lié en partie au ralentissement de l’activité économique. Tous les salariés ne sont pas concernés au même chef par ce phénomène. Le nombre d’accidents survenus dans le cadre professionnel varie énormément selon les secteurs d’activité. Pour chacun d’entre eux, le tableau ci-dessous indique leur "taux de fréquence", c’est-à-dire le nombre d’accidents survenus pour un million d’heures de travail.

Le taux de fréquence des accidents du travail par secteur d’activité

Est-ce une surprise ? La construction est le secteur le plus touché : le taux de fréquence y atteint 43,3 accidents du travail pour un million d’heures travaillées, soit près du double de la moyenne nationale (22). Il est suivi par le secteur de l’eau et des déchets et celui de l’action sociale (plus de 33). A noter aussi le chiffre élevé du travail temporaire, qui ne forme pas à proprement parler une famille de métiers (les intérimaires peuvent aussi bien travailler dans la construction, les services...). A l’inverse, dans l’informatique, les télécoms ou la banque-assurance, les accidents du travail sont rarissimes (moins de 3 accidents par million d’heures travaillées). Au sein même des secteurs les plus touchés, des inégalités apparaissent : certains métiers se révèlent extrêmement risqués. Dans la construction, les charpentiers et les couvreurs sont les métiers les plus touchés par les accidents du travail (taux de fréquence supérieur à 75). Surtout, les accidents y sont souvent sérieux, comme en témoigne l’indice de gravité (taux moyen d’incapacités permanentes partielles par million d’heures travaillées). En dehors du secteur du bâtiment, les sportifs, les déménageurs ou encore les manutentionnaires portuaires sortent du lot. Mais le record toutes catégories est atteint par le fret aérien, métier qui voit son taux de fréquence s’envoler à 127 accidents pour un million d’heures travaillées.

Les métiers les plus accidentogènes en 2010