Corruption dans le monde : Transparency pointe « un tableau inquiétant !"

, par Michel DECAYEUX

Les Echos | 03/12/2013

Europe 120 Milliards par an AFP 03/12/2013

Le dernier classement de la perception de la corruption dans le monde « dresse un tableau inquiétant », estime Transparency dans son rapport annuel paru ce mardi. « Alors qu’une poignée de pays obtient un bon résultat, aucun n’arrive à la perfection. Et plus des deux tiers ont moins de 50 », pointe l’Organisation non gouvernementale (ONG).

Les trois plus mauvais élèves, l’Afghanistan, la Corée du Nord et la Somalie atteignent huit points, tandis que les deux meilleurs, Danemark et Nouvelle Zélande, affichent 91 points. En queue de peloton, c’est-à-dire entre 10 et 19, se trouvent l’Irak, la Syrie, la Libye, le Soudan et le Sud Soudan, le Tchad, la Guinée équatoriale, la Guinée-Bissau, Haïti, le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Yémen. Et en haut du classement, entre 80 et 89, on trouve à côté du Danemark et de la Nouvelle-Zélande le Luxembourg, le Canada, l’Australie, les Pays-Bas, la Suisse, Singapour, la Norvège, la Suède et la Finlande. La France obtient en 2013 un score de 71, identique à celui de 2012, ce qui la classe au 22ème sur 177 pays classés.

En Europe, la Grèce, durement frappée par la crise, a pris des mesures anti-corruption, alors que l’Espagne traîne des pieds, estime l’ONG basée à Berlin. Elle observe dans ces deux pays, deux réponses assez différentes à la corruption dans un contexte de crise économique. L’Espagne a dégringolé de la place 30 à 40 dans un classement recensant 177 pays au total. Partie de bien plus bas, la Grèce a amélioré sa position, en passant de 94 à 80. « Ces deux dernières années, ces deux pays ont dû affronter la crise de l’euro, dont la corruption était l’une des origines », constate M. Heinrich. « Mais cette année, pour la première fois, la Grèce fait mieux et je pense que cela montre que le gouvernement attaque de front la vénalité. Ils ont engagé des poursuites judiciaires et nommé quelqu’un qui travaille étroitement avec le Premier ministre pour coordonner les mesures anti-corruption (....) En Espagne, c’est presque l’inverse qui se produit », ajoute-t-il.

Quant à la France, « elle ne peut se satisfaire de sa modeste 22e place, même si les lois récemment votées vont dans le bon sens », estime Transparency International France. Le président de l’ONG française, Daniel Lebègue, a souligné que Paris n’occupe que le dixième rang en Europe, derrière les pays scandinaves, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ajoutant que pays souffre d’un « déficit de crédibilité. » « On occupe la moyenne et on ne peut pas s’en contenter pour le pays des droits de l’Homme », a-t-il déclaré mardi à Berlin

Europe : la corruption coûte près de 120 milliards par an à l’économie

La corruption coûte chaque année près de 120 milliards d’euros à l’économie de l’Union européenne, selon un rapport publié lundi par la Commission européenne, qui fait la liste des secteurs où la situation pourrait être améliorée. La corruption sape la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques et l’état de droit, elle nuit à l’économie européenne et prive les pouvoirs publics des recettes fiscales dont ils ont cruellement besoin", a souligné dans un communiqué la commissaire européenne chargée des Affaires intérieures, Cecilia Malmström. "Les Etats membres ont beaucoup fait au cours des dernières années pour lutter contre la corruption, mais le rapport publié aujourd’hui montre que ces efforts sont loin d’être suffisants", selon elle.

Ce rapport, le premier du genre, n’établit pas de classement entre pays européens en matière de corruption, mais relève les principales lacunes observées dans la lutte anti-corruption au niveau européen. En particulier, les contrôles internes portant sur les procédures au sein des administrations publiques sont insuffisants, et les règles relatives aux conflits d’intérêts varient d’un Etat à l’autre, de même que l’efficacité de la répression et des poursuites. Le rapport déplore aussi que la plupart des Etats de l’UE ne disposent pas de statistiques globales sur les délits de corruption, ce qui rend la comparaison et l’évaluation plus difficiles. Intégrité de la vie politique Il souligne enfin que l’intégrité de la vie politique reste un problème dans de nombreux Etats membres : il n’est par exemple pas courant que des partis politiques ou des assemblées élues se dotent de code de conduite en matière de corruption, et ceux qui existent manquent souvent d’effets réels. Des lacunes importantes subsistent notamment en matière de financement des partis politiques.

Enfin, le secteur des marchés publics est particulièrement exposé à la corruption, note le rapport. Le chapitre sur la France insiste en particulier sur ce dernier point, ainsi que sur les risques de corruption dans les transactions commerciales internationales. La Commission publie parallèlement un sondage Eurobaromètre qui montre que 76% des Européens pensent que la corruption est un phénomène très répandu. Ils sont 8% à affirmer avoir fait l’objet ou été témoin d’un acte de corruption au cours de l’année qui précède. En France, 68% des personnes interrogées estiment que la corruption est très répandue et 2% disent y avoir été confrontées au cours de l’année écoulée.