10 200 chômeurs de plus en décembre, la courbe ne s’est pas inversée en 2013

, par Michel DECAYEUX

28 janvier 2014 N. Obs. / Le Parisien

Le nombre de demandeurs d’emplois inscrits fin décembre 2013 à Pôle emploi en catégorie A (sans aucun emploi) s’établit au niveau record de 3 303 200, soit 10 200 chômeurs (+0,3%) de plus que fin novembre 2013 Sur l’ensemble de l’année 2013, le nombre de chômeurs a augmenté de 177 800 (+5,7%), après une hausse de 283 800 en 2012 (+10%), ce qui fait dire au ministère que l’année « aura été marquée par un net mouvement d’amélioration ». « On est tout près d’une inversion » de la courbe du chômage « mais on n’y est pas encore tout à fait », a reconnu l’entourage de François Hollande. « C’est une incitation à amplifier encore l’effort sur le pacte de responsabilité », qui prévoit la suppression des cotisations familiales patronales, soit environ 30 milliards d’euros d’ici 2017, a poursuivi la même source.

En incluant les chômeurs ayant eu une petite activité, Pôle emploi dénombrait 4,89 millions d’inscrits fin décembre, un autre sommet historique. Depuis avril 2011, la hausse du chômage a été quasi continue, à l’exception des mois d’août et d’octobre 2013. Dans le détail, le nombre d’inscrits en catégorie B (emploi limité à une courte durée) est en hausse de 0.8 % en décembre (+4,8 % sur un an) tandis que le nombre de ceux inscrits en catégorie C (plus de 78 heures de travail enregistrées) augmente de 0.7% (+8,1% sur un an). . Explosion du nombre de radiations Parmi les jeunes et les seniors, les deux catégories principalement ciblées par les contrats de générations du gouvernement Ayrault, les fortunes sont diverses. Chez les moins de 25 ans, le chômage a baissé de 0,4% en décembre (-0,3% sur un an) en catégorie A, après une hausse en novembre, tandis que chez les plus de 50 ans, le nombre de demandeurs d’emploi a cru de 1,3% (+11,6% sur un an).

"Cela signe l’échec de la politique macroéconomique" du gouvernement, explique Marion Cochard, économiste à l’OFCE.

Avec 10.200 chômeurs de plus en décembre, la promesse de Hollande n’est pas tenue. "La politique d’austérité a tué la reprise de la croissance", Les chiffres du chômage de décembre sont tombés lundi 27 janvier. Verdict : la hausse se poursuit, avec 10.200 chômeurs de plus en catégorie A (sans aucune activité), et même 22.000 en catégorie A, B et C (avec une activité partielle dans le mois). La courbe du chômage ne s’est donc pas inversée, malgré l’engagement de François Hollande en ce sens. "Cela signe l’échec de la politique macroéconomique" du gouvernement, explique Marion Cochard, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Interview. Comment expliquer cet échec à faire baisser la courbe du chômage ?
- Avec un tel niveau de croissance du PIB, le pari n’était pas tenable : les emplois détruits sont trop nombreux. La seule chose que l’on pouvait espérer, c’était de concentrer les créations d’emplois aidés sur les trois derniers mois de l’année, afin d’obtenir une stabilisation ou une légère inversion de la courbe

Est-ce le signe de l’échec de la politique de l’emploi de l’exécutif ?
- Non. La politique de l’emploi est plutôt intelligente. La création des emplois aidés, notamment, a été bien pensée : ils ciblent un public sensible, et offrent une véritable insertion sur le marché du travail. Cela signe surtout l’échec de la politique macroéconomique. Avec à peine 0,2% de croissance, comment peut-on compenser l’arrivée de 100.000 personnes sur le marché du travail et des dizaines de milliers de destructions d’emplois ? A quoi est dû l’échec de la politique macroéconomique ?
- A la politique budgétaire. Ce n’est pas spécifique à la France. Nous avons choisi avec nos partenaires européens de réduire brutalement nos déficits publics. Sous l’impulsion de la Commission européenne, et avec l’aval des gouvernements, nous avons mené une politique d’austérité qui a tué la reprise de la croissance, et ainsi retardé à la fois le désendettement et le recul du chômage. Nous ne sommes donc pas une exception en Europe ?
- Non, certains pays sont dans des situations extrêmes du point de vue de l’emploi : la Grèce, le Portugal, l’Espagne. D’autres pays, comme l’Allemagne, ont moins de chômage. Nous sommes dans une situation intermédiaire. Faut-il s’attendre à une inversion de la courbe du chômage en 2014 ?
- Il y aura moins d’austérité, donc plus de croissance qu’en 2013. Nous prévoyons 1,3%, les autres économistes sont plus proches de 0, le gouvernement table sur 0,9%... avec 1% de croissance, on peut compenser les destructions d’emplois. Il reste à absorber les 100.000 arrivées sur le marché du travail, dues à la démographie. La question est donc : combien d’emplois aidés parvient-on à créer ?