Le Medef répond à la « main tendue » de l’Elysée

, par Michel DECAYEUX

Le Parisien -AFP-UN 14 ,15-17 janvier 2014

Après avoir réclamé 100 Mds€ de baisse de charges, Pierre Gattaz a baissé ses prétentions. Hier, il a promis 1 million d’emplois en cinq ans en échange de 30 Mds€ d’allégement.

Pierre Gattaz a rangé les gants de boxe. Hier à Marcq-en-Barœul, devant près de 1500 chefs d’entreprise, le président du Medef s’est taillé un visage plus amène, juste avant la prise de parole aujourd’hui de François Hollande, qui devrait revenir sur le pacte de responsabilité qu’il entend conclure avec les entreprises. Semblant désormais plus ou. vert au’ dialogue, Pierre Gattaz a salué « la main tendue » par le chef de l’Etat lors de ses vœux du 31 décembre et affirmé attendre aujour¬d’hui « la confirmation du cap ». En suosÜmce, moins de charges ’sur le travail (lire ci-contre) contre plus d’embauches.

- .« Nouveau Gattaz ».

« IL a atterri et est entré dans la phasè’2 de sa présidence. Il s’est rendu compte que ce n’est pas en s’agitant partout qu’il allait faire bouger les choses », ,répond, satisfait, un des conseillers de François Hollande pour qui « l’homme a mûri » . Dès la fin septembre, les portevoix de Pierre Gattaz ont essuyé une vague dé reproches sur sa méthode de gouvernance, ses déclarations jugées non crédibles (notamment sur les 100 Mds€ de baisse de charges réclamés jusqu’alors). Et sa façon systématique de critiquer le gouvernement, allant jusqu’à lui décerner « des cartons jaunes » à la façon du Front national. Même Louis Gallois, grand/patron respecté de tous, s’en était pris au nouveau pilote du Medef, lui reprochant de n’avoir même pas salué « la plus grosse paisse du coût du travail de l’histoire qu’est le CICE »(NDLR : crédit d’impôt compétitivité emploi) .

Le téléphone sonne avec l’Elysée.

Les vœux du président de la République en direction des entreprises ont également, bien évidement, pesé sur ce changement de ton. Le 31 décembre, François Hollande a en effet proposé aux entreprises un pacte de responsabilité. fondé sur « un principe simple : moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et en même ,temps, une contrepartie -plus d’embauches et plus de dialogue social ». De quoi réjouir le Medef, qui se dit prêt à « participer et à s’impliquer activement pour bâtir concrètement le « pacte annoncé ». C’est l’électrochoc gue j’attendais », a rappelé hier Pierre Gattaz. Et de se déclarer convaincu de pouvoir « créer des poches de 50 000 ; à 100 000 emplois » pour parvenir à l’objectif de 1 million. Concrètement, il s’agit notamment de mobiliser les entreprises sur les 300 000 à 400 000 emplois à pourvoir dans les secteurs en tension(services à la personne, hôtellerie, tourisme). Mais aussi qu’elles s’engagent à utiliser beaucoup plus les contrats d’apprentissage et les contrats de génération, indique l’Elysée. Un deal que la CGPME, l’organisation des petites et moyennes entreprises, refuse

Le patron du Medef a par ailleurs refusé de s’engager sur la création d’un million d’emplois en cinq ans dans le cadre de ce même Pacte de responsabilité. "Je ne signerai jamais que nos entreprises vont créer un million d’emplois. Ce serait suicidaire", a assuré M. Gattaz, qui a également souligné qu’il ne signerait pas non plus, en tant que chef d’entreprise, "l’embauche de 100 personnes demain matin". Interrogé par l’AFP après son discours, M. Gattaz a réitéré ses propos : "Nous ne pouvons pas signer quoi que ce soit. C’est un objectif à cinq ans qui s’inscrit dans un projet Medef qui s’appelle France 2020." Il a rappelé que la création d’emplois ne s’obtenait pas "en appuyant sur un bouton", tout en renvoyant la balle dans le camp du gouvernement.

Du donnant-donnant au rabais.

En échange de cette bonne volonté, Pierre Gattaz a évalué le besoin d’allégement du coût du travail à « une trentaine de milliards d’euros ». Soit, en gros, de supprimer l’équivalent de la part patronale des cotisations pouf la/branche famille (35 Mds€). Ce qu’a déjà laissé entendre le gouvernement. « ’ Il s’agira d’un transfert sur plusieurs années, qui sera financé par des économies ?>, précise un conseiller de l’Elysée. Le patron du Medef a finalement rangé ses autres conditions au placard (la baisse du coût dû’ travail, celle des prélèvements obligatoires, la simplification des démarches, etc.) et a même ajouté une « contrepartie » en évoquant la possibilité d’augmenter les salaires nets. Le temps est donc loin où le Medef conditionnait sa participation aux assises de la fiscalité à une baisse générale des prélèvements sur les entreprises dés 2014. C’était pourtant le 18 décembre dernier. Un deal que la CGPME a d’ores et déjà refusé .

Commentaire : Tel Père, tel fils ?

La question se pose quand on sait qu’Yvon Gattaz, père de Pierre, fût président du CNPF (ancêtre du MEDEF) de décembre 1981 à décembre1986, a revendiqué le 16 avril 1982, lors d’une importante réunion entre Matignon et le CNPF, un arrêt de l’augmentation des charges pour les entreprises, un écrêtement de la taxe professionnelle, la suppression de l’autorisation administrative des licenciements contre la création de 300 000 emplois. Les doléances du CNPF ont été pour une très large part satisfaites par le pouvoir en place, par contre les 300 000 emplois, n’ont pas vu le jour. Le chômage à continuer de progresser de manière fulgurante. Au passage n’oublions pas qu’Yvon Gattaz a été décoré le 2 avril 2013 par Le Président de la République François Hollande grand croix de la légion d’honneur. Il est aussi intéressant de connaître ce que pensait Yvon Gattaz des syndicats au travers de certaines de ses citations.

Or, à quelques jours de la grande mobilisation du 7 septembre 2010 contre la « réforme » des retraites, parlant devant un parvis de chefs d’entreprises réunis à HEC pour l’université du Medef, un orateur vient de lancer de la tribune cette citation : « De façon sociétale, les syndicats ont été nécessaires au XIXe siècle, utiles puis abusifs au XXe. Inutiles et nuisibles au XXIe, ils doivent disparaître. » Ces paroles ont immédiatement fait un tabac dans la salle tandis que l’auditoire, composé de responsables territoriaux de l’organisation patronale, jubile et applaudit chaleureusement la revendication. D’où sort cette citation ? De la revue Commentaire, fondée par le très néo-conservateur Raymond Aron, dont la dernière livraison (N° 130 du juin-juillet-août 2010) publie une longue diatribe écrite par Yvon Gattaz, qui fut président du CNPF, ancien nom du Medef, entre 1981 et 1986, intitulée « La fin des syndicats est-elle souhaitable ? » De toute façon, pour le néo-thatchérien décomplexé Gattaz, les syndicats ont perdu toute légitimité et « ne doivent leur survie qu’aux deux fils d’araignée incroyablement résistants qui les soutiennent encore, politiques et médias ». Exit donc toute idée de concertation sociale, puisque « les performances des entreprises sont inversement proportionnelles à leur taux de syndicalisation ». Il en découle « logiquement » qu’en ce qui concerne les syndicats, « l’élimination s’impose donc économiquement ».

Alors est ce que le fils Pierre va faire un « bis répétita » en promettant des créations d’emplois contre une plus grande flexibilité du travail, la baisse du coût du travail, une diminution des salaires différés (charges sociales pour les patrons) ? Il y a tout lieu de le craindre ! Cela risque encore de n’être qu’un mirage pour les salariés, les chômeurs. Les promesses ne valent que pour ceux qui y croient !