Banques : le retour des produits dérivés

, par Michel DECAYEUX

le 04.01.2014 Le parisien

Les banques n’ont pas retenu la leçon de 2008 et ont repris leurs activités spéculatives

« Quelles banques sont des Fukushimas en puissance ? »

Derrière ce titre provocateur, le cabinet d’analyse AlphaValue dresse un d’état des lieux des banques, plus de cinq ans après la crise des subprimes et la chute de Lehman Brothers. Et cela fait froid dans le dos.

Se défendant de tout catastrophisme, l’analyste Christophe Nijdam, qui a piloté l’étude, pointe du doigt la spéculation effrénée qui a repris, malgré les promesses des politiques d’y mettre fin. A l’origine des dernières crises ayant entraîné de colossales dettes publiques, les produits dérivés. Soit des instruments financiers dont la valeur évolue en fonction d’un autre produit, appelé sous-jacent. L’astuce est qu’un produit dérivé ne requiert pas d’investissement initial, le règlement s’effectuant plus tard. Selon AlphaValue, ceux en circulation au premier trimestre 2013 sont plus importants qu’en 2008 : 693000 Mds$, contre 684000 Mds€. Selon Christophe Nijdam, le projet de taxer ces dérivés à 0,01% réduirait de 75% leur volume de transactions. Lehman Brothers (2007 et 2008), il y a eu le problème de liquidités de l’été 2011

Une nouvelle crise est à craindre ?

CHRISTOPHE NIJDAM. Je ne lis pas dans le marc de café mais, sur ces dix dernières années, on a eu une crise bancaire forte tous les trois ans en moyenne. Après les subprimes et la chute de

Or la spéculation à l’origine des crises a repris de plus belle. Même si les produits dérivés ne sont pas tous toxiques,— ce n’est après tout qu’une police d’assurance — leur marché a retrouvé en 2013 son niveau d’avant 2008. Actuellement, ils représentent dix fois le produit intérieur brut mondial.

Des mesures ont pourtant été prises pour limiter cette spéculation effrénée

Rien n’a changé depuis 2008. Ou si peu. Il y a des effets d’annonce, mais ça s’émousse à la mise en œuvre. Le lobby bancaire est vent debout pour déconstruire les digues mises en place. Aux Etats-Unis, la règle Volker limitant les investissements spéculatifs a été énucléée. En Europe, le ratio de liquidités Bâle III (NDLR : visant à rééquilibrer les dépôts bancaires par rapport à leurs crédits) a été allégé de moitié. Certes, les banques françaises ont plutôt une bonne solvabilité. Mais elles n’ont pas assez de liquidités et trop de dérivés, ce qui peut entraîner la faillite. C’est ce qui s’est passé avec Dexia ou bien avec le CIF. Quand on étudie les banques européennes, elles ont 95% de dettes et 5% de fonds propres.

En cas de crise, les clients des banques peuvent-ils être touchés ?

Je ne veux pas provoquer de panique mais, s’il y a faillite, les dépôts bancaires, garantis en France jusqu’à 100000 €, peuvent être touchés. En mars 2013, à Chypre, on a demandé aux déposants de mettre la main à la poche. Cela met fin à la sanctuarisation de ces dépôts. En France, le fonds de garantie est inférieur à 2 Mds€ pour 1600 Mds€ déposés ! Quant à l’union bancaire européenne, elle ne prévoit une garantie et un fonds de solidarité qu’en 2026. Avec seulement 55 Mds€ dans la caisse.