Salaire minimum en Europe : le grand écart

, par Michel DECAYEUX

AFP, le 21/11/2013

Le clan des sept pays de l’Union européenne sans salaire minimum légal va prochainement perdre un membre de choix

A l’heure actuelle, 21 des 28 Etats de l’Union ont un salaire minimum, les irréductibles étant, outre l’Allemagne, l’Italie, le Danemark, la Finlande, la Suède, l’Autriche et Chypre. « L’absence de salaire minimum dans les pays nordiques, comme en Allemagne jusqu’ici, s’explique par la place laissée à la négociation collective dans ces Etats, avec à la clé des minima de branches ou des négociations salariales menées au sommet et déclinées ensuite dans les branches et les entreprises, explique Christine Erhel, chercheuse au Centre d’études de l’emploi. Le système fonctionne tant qu’on est dans une logique d’accroissement des minima de branches mais ce n’était plus le cas en Allemagne dans certains secteurs. » Avant de poursuivre : « Dans un contexte de mondialisation et de concurrence accrue, l’instauration d’un salaire minimum est une nécessité, faute de quoi certains secteurs seront plongés dans une spirale à la baisse des salaires. »

ALLEMAGNE Merkel annonce la création d’un salaire minimum généralisé

La chancelière allemande Angela Merkel a affirmé jeudi que l’Allemagne allait se doter d’un salaire minimum généralisé, une concession faite à ses futurs partenaires de gouvernement sociaux-démocrates. « Nous allons décider des choses que, au vu de mon programme, je ne considère pas comme justes, parmi elles un salaire minimum généralisé », a dit la chancelière dans un discours à Berlin, évoquant les négociations en cours entre son parti conservateur et les sociaux-démocrates (SPD) pour former un gouvernement.

« Une appréciation réaliste (de la situation) montre que les sociaux-démocrates ne vont pas conclure les négociations sans » un salaire minimum, une de leurs revendications centrales, a-t-elle dit, ne livrant aucun détail sur son niveau ou sa date d’introduction. « Je vais tout faire, le (parti conservateur) CDU va tout faire » pour minimiser les effets sur l’emploi d’un tel salaire minimum, a ajouté la chancelière, qui s’adressait à un parterre de patrons allemands. Elle a aussi rappelé que le gouvernement de coalition en gestation n’était « pas la constellation rêvée » des intéressés mais « le résultat du vote » des électeurs allemands, le 22 septembre.

Elle a martelé que son parti n’allait pas céder sur un autre point cher au SPD, une hausse des impôts pour les plus nantis. Ni sur la priorité donné à l’allègement de la dette allemande, un « projet central » du gouvernement allemand pour les quatre prochaines années. L’Allemagne n’a pas de salaire minimum pour tous pour le moment. Les salaires sont négociés branche par branche entre les partenaires sociaux et dans certains secteurs les salariés touchent moins de cinq euros. Le SPD a fait campagne pour un salaire minimum horaire de 8,50 euros.