YES WEEK-END –Une génération de salariés pro-travail dominical pas si spontanée

, par Michel DECAYEUX

Le monde

Leur dispositif médiatique est parfaitement rodé. Les employés de Leroy Merlin et Castorama qui souhaitent travailler le dimanche sont en effet parés d’un slogan accrocheur ("Yes week-end"), de porte-parole efficaces et de toute la panoplie de communication (t-shirts, banderoles, affiches) pour faire entendre leurs arguments alors que quatorze magasins Castorama et Leroy Merlin d’Ile-de-France ont ouvert dimanche 29 septembre, malgré une décision de justice leur imposant la fermeture.

Le Huffington Post revient sur la création de leur collectif, "les bricoleurs du dimanche", lancé en décembre 2012 et dont l’objectif est de "mobiliser l’opinion publique et faire bouger le gouvernement" sur le principe du travail dominical. Leur démarche est officiellement soutenue par les directions des deux enseignes, qui procurent une assistance pratique et financière à leurs salariés. Le soutien de l’agence de communication Les Ateliers Corporate, mandatée et rétribuée par Leroy Merlin et Castorama, n’est d’ailleurs pas un mystère. Les salariés ont-ils pour autant été manipulés ou instrumentalisés ?Pour Stéphane Attal, directeur associé de l’agence de com’, comme pour Gérald Fillon, employé chez Leroy Merlin et porte-parole du collectif, contactés par le HuffPost, la réponse est non : les employés, "sont allés voir leurs directions en disant : ’On veut porter le combat, mais on ne sait pas comment faire, aidez-nous.’"

Des témoignages au diapason, que celui d’un salarié de Leroy Merlin recueilli par le HuffPost vient pourtant mettre à mal : "Tout a été financé de A à Z par les patrons (...), c’est tout sauf spontané". Ce membre du collectif livre en effet une version radicalement différente du déroulement des opérations. "C’était en décembre 2012, juste après l’assignation de magasins Leroy Merlin et Castorama (...) Le directeur de mon magasin est venu me voir pour me demander de participer à une formation, il m’a bien dit que je n’étais pas obligé.(...) Là, on a été réunis dans une salle [à] Paris, il y avait deux ou trois salariés de chaque magasin Leroy Merlin ou Castorama concernés par les fermetures, soit environ une centaine de personnes. En préambule, des responsables des deux enseignes ont fait une présentation en disant qu’il s’agissait de notre projet, puis ils nous ont laissés avec les consultants."

Après une journée de cours et d’exercices, "en présentant notre travail aux consultants, certains ont eu l’impression que le débat était orienté et qu’ils nous menaient là où ils le voulaient. Ils ont d’ailleurs éliminé pas mal de nos idées et, au final, les moyens d’action que nous avons arrêtés ressemblaient beaucoup à ceux qu’ils nous avaient présentés le matin."Selon ce salarié, qui aura préféré contester la version officielle de façon anonyme, "la démarche répond à une réelle demande", mais de spontanéité, le mouvement des "bricoleurs du dimanche" n’en a que l’apparence.

RAPPEL

En avril 2013

Des manifestations financées par Leroy Merlin et Castorama Réunis dans le collectif "Les bricoleurs du dimanche", quelque 2 000 salariés de Leroy Merlin et de Castorama devaient manifester à Paris, mardi 14 mai, pour défendre, avec le soutien des directions des enseignes, le droit au travail le dimanche. C’est le second rassemblement organisé en 2013 par "Les bricoleurs", après celui du 17 avril, qui n’a réuni que 150 salariés. Agences de communication, tee-shirts marqués, au dos, d’un "Yes, week-end", pancartes, autocars... Tout est prévu, organisé. Les affiches demandent aux "collaborateurs volontaires" de s’inscrire auprès de collègues ou bien sur un tableau, dans la colonne réservée à leur secteur (aménagement, bâtiment, décoration...). Il y est précisé : "16 collaborateurs sur le magasin ; 2 par secteur." "Il n’y a aucune pression" de la direction, assure Gérald Fillon un des porte parole