Ni bide, ni déferlante pour la journée d’action sur les retraites

, par Michel DECAYEUX

le 10.09.2013 La Tribune/ le Parisien/ Le Figaro/ Le courrier Picard

La journée d’action contre la réforme Ayrault des retraites a mobilisé entre 155.000 personnes (ministère de l’Intérieur) et 360.000 (CGT). Un résultat honorable pour les organisateurs qui vont se réunir la semaine prochaine pour tenter de donner une suite au mouvement. Ce n’est pas la déferlante mais ce n’est pas du tout le bide non plus. La journée d’action contre la réforme Ayrault des retraites, organisée ce mardi 10 septembre, à l’appel des syndicats CGT, FO, FSU et Solidaires a réuni 360.000 personnes dans toute la France, selon la CGT. Pour le ministère de l’Intérieur - traditionnelle guerre des chiffres ! - ils étaient 155.000 manifestants à travers 170 rassemblements dans toute la France. Pour la seule manifestation parisienne, ils étaient 50.000 manifestants selon la CGT et… 15.000 selon la police. Une réunion la semaine prochaine pour organiser la suite Au-delà de la sempiternelle querelles sur les chiffres, il est évident que cette journée d’action n’a pas fait le plein. Mais elle n’est pas du tout à négliger par le gouvernement non plus. Elle prouve tout de même que sous une forme de résignation, la contestation sociale n’est pas réduite à néant. La mobilisation pour contester la réforme des retraites du gouvernement "dépasse le cercle militant", s’est d’ailleurs félicité Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO. "Ce n’est pas une déferlante certes, mais c’est une bonne mobilisation, plus forte que lors de la première manifestation contre l’accord sur la sécurisation de l’emploi" en mars, a-t-il ajouté. Selon lui, "le gouvernement a encore des efforts à faire, il y a un verrou à faire sauter, celui de l’allongement de la durée" de cotisation, principale revendication des manifestants. Surtout, Jean-Claude Mailly a indiqué que les syndicats organisateurs de la journée discuteraient la semaine prochaine de la suite à donner à cette journée. Ils vont sans doute attendre que le débat débute au Parlement pour tentent de davantage sensibiliser l’opinion. Mais le message a tout de même du mal à passer car, à la différence de 2010, les syndicats ne demandent pas le retrait du projet de loi ; ils souhaite « l’améliorer ».

180 villes mobilisées contre la réforme des retraites 15 000 manifestants à Paris

A Paris, le mouvement, parti de la place de la République vers la place de la Nation, a réuni environ 15 000 personnes, emmenées par Jean-Claude Mailly et Thierry Lepaon qui se trouvaient en tête du corège. « Il y a un verrou à faire sauter, celui de l’allongement de la durée » de cotisation, a lancé le premier tandis que la foule scandait « retraite, retraite, retraite à 60 ans ». Plus de 6 000 à Marseille, de 2 000 à Grenoble et de 4 000 à Nantes

A Marseille, de 6 500 à... 50 000 personnes se sont rassemblées aux abords du Vieux-Port. Des retraités, des salariés d’entreprises en difficulté (Fralib, ArcelorMittal, Moulins Maurel), des fonctionnaires territoriaux, notamment hospitaliers, étaient présents dans le cortège. « Un métallo centenaire, ça n’existe pas », pouvait-on lire sur une pancarte, en référence à l’allongement de la durée de cotisation. Une banderole mentionnait « de 60 à 65 ans, les plus dures années au travail, les meilleures à la retraite ».

Grenoble (2 000 à 10 000 personnes), Strasbourg, Nantes (4 500 à 8 000 personnes), Rennes ou Lyon (4 000 à 8 500 personnes) ont été parmi les premières villes à manifester. A Saint-Denis de la Réunion, de 500 à 3 000 personnes ont battu le pavé. Lyon : manifestation contre la réforme des retraites Pas la dernière journée de grève

La CFDT absente de la manif

La CFDT, pour sa part, n’appelle pas à battre le pavé ce mardi. Son secrétaire général, Laurent Berger, a déclaré lundi sur iTélé être du « bon côté de la barrière ». Il entend continuer de « se battre » pour obtenir des « modifications » du projet lors du débat parlementaire, notamment en faveur des précaires et des basses pensions. Laurent Berger (CFDT) : « Je suis du bon côté de la barricade »

Commentaire avec qui, Le Medef ! le gouvernement ! mais certainement pas avec ceux qui ont "trimer ou vont trimer plus de 40 ans"

COMPIEGNE : Ce jour ne sera pas sans suite Jusqu’à 650 personnes ont manifesté, ce mardi, dans le centre-ville, sous les bannières de la CGT, de FO et de la FSU. Peu de jeunes figuraient parmi les manifestants À première vue, le défilé de ce mardi, dans les rues du centre-ville de Compiègne, diffère assez peu de ceux que l’on a pu observer au cours des dernières années. Jusqu’à 650 personnes ont défilé sous les bannières de la CGT, de FO et de la FSU. Des activistes bien connus, des têtes grisonnantes, mais peu de jeunes gens, dont on dit qu’ils seront les plus touchés par la réforme des retraites annoncées par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

« On est assez surpris également », soupirent Charline et Éloi, la petite trentaine, tous les deux éducateurs auprès de personnes handicapées. Fatalistes, ils enchaînent : « On n’y croyait déjà pas beaucoup, mais maintenant on ne croit plus du tout qu’on touchera une retraite. Quarante-trois ans de cotisation, c’est beaucoup trop. On travaille dans l’humain et au fil des années, notre patience risque d’en prendre un coup », décrit Charline. « La qualité de notre travail risque de s’amoindrir », poursuit Éloi, en poussant lentement sa trottinette.

Prometteur « On est surtout là pour les jeunes », insiste, plus loin, Cécile Gfeller, salariée de la Poste. Sur son dos, elle porte le poids des annuités supplémentaires. « Quarante-trois ans de cotisation, cela va être de plus en plus dur pour toucher l’intégralité de nos retraites, détaille-t-elle. Les jeunes commencent aujourd’hui à travailler à 25 ou 26 ans, ils n’auront pas l’intégralité de leur retraite. »

La difficulté à mobiliser des salariés, en temps de crise, est également présente dans tous les esprits. « Le gouvernement a également fait passer pas mal d’annonces, avec le report de l’allongement de la durée de cotisations à 2020, la mise en place d’un compte épargne pénibilité », poursuit Cécile Gfeller.

Pour autant, aux yeux des organisateurs, le rassemblement d’hier était prometteur. « On n’a pas eu beaucoup de temps pour mobiliser, mais partout où nous sommes allés, nous avons été très bien accueillis, remarque Denis Thomas, représentant départemental de la FSU. On est dans la construction d’une action. Demain, cette réforme ne sera pas plus acceptable qu’aujourd’hui. Cette journée ne sera pas sans suite. »

À la fin de la journée, les organisations syndicales dresseront le bilan. Charline et Éloi le promettent : ils redescendront dans la rue, pour faire entendre leur voix.