Avec une croissance de 0,5%, la France sort de la récession au 2e trimestre

, par Michel DECAYEUX

le 14 août 2013 AFP/REUTERS:Libération

L’économie française a enregistré une croissance de 0,5% au deuxième trimestre 2013, soit nettement plus que prévu, grâce à une consommation dynamique, selon les premiers résultats des comptes nationaux trimestriels publiés mercredi par l’Insee.

L’institut a confirmé dans le même temps le recul de 0,2% du produit intérieur brut du premier trimestre, qui faisait suite à une baisse d’ampleur similaire au quatrième trimestre 2012.

Pour le deuxième trimestre 2013, 26 économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne une hausse de 0,2% du PIB, leurs estimations allant de -0,1% à +0,4%. L’Insee, dans sa note de conjoncture publiée en juin, tout comme la Banque de France anticipaient de même un PIB en hausse de 0,2%. Le retour à un taux de croissance positif après deux trimestre de baisse marque techniquement une sortie de récession pour l’économie française. La hausse de 0,5% est la plus forte depuis celle de 1,1% enregistrée au premier trimestre 2011.

L’acquis de croissance pour 2013, à savoir le niveau moyen de l’ensemble de l’année si la croissance des deux derniers trimestres devait être nulle, se situe à +0,1%, ce qui conforte la prévision de hausse de 0,1% du PIB pour cette année figurant dans le programme de stabilité du gouvernement.

AMELIORATION DE LA CONJONCTURE EUROPEENNE

Dans un communiqué, le ministre de l’Economie et des Finances Pierre Moscovici s’est félicité de ce "très net rebond de la croissance, qui confirme la sortie de récession de l’économie française." Il souligne qu’il résulte "à la fois d’une amélioration de la conjoncture européenne et d’un raffermissement de la demande intérieure." De fait, la contribution de cette dernière à la croissance du deuxième trimestre a été positive de 0,3 point et celle de la variation des stocks des entreprises de 0,2 point. La contribution du commerce extérieur a été en revanche nulle en raison d’un rebond parallèle des importations (+1,9%) et des exportations (+2,0%). Les dépenses de consommation des ménages ont augmenté de 0,4% sur le trimestre, portées par les achats d’énergie (+2,4%) du fait de la mauvaise météo du printemps, mais aussi d’automobiles (+2,1%) qui enregistrent leur première hausse depuis fin 2011. L’investissement, en baisse pour le sixième trimestre consécutif, s’est replié de 0,5%, le recul de l’investissement des entreprises non financières atteignant 0,1% et celui des ménages 1,7%.

Croissance : feu de paille ou sortie de crise ?

Un phénomène conjoncturel ou durable ? Des jours meilleurs sont-ils vraiment devant nous comme l’a trompetté Bertrand Cazeneuve, le ministre du Budget ? Un chiffre inattendu ?

Le rebond du PIB annoncé mercredi matin par l’Insee a pris de court la plupart des économistes. Ces derniers jours, le débat s’était focalisé sur les contorsions de Pierre Moscovici autour du -0,1% ou +0,1% de croissance anticipée. Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Natixis, s’attendait « à un chiffre plutôt positif, mais certainement pas 0,5% ». Jean-Paul Pollin, économiste à l’université d’Orléans et membre du Cercle des économistes, tombe des nues : « C’est une totale surprise. Dans le contexte actuel de perte de pouvoir d’achat et de destruction de l’emploi, j’avoue que j’ai beaucoup de mal à comprendre ce résultat, même si je ne le remets pas en question. » La veille de la publication des résultats de l’Insee, le Medef évoquait d’ailleurs « des commandes au plus bas ».