les Chinois à l’assaut des forêts de l’Oise

, par Michel DECAYEUX

le 09.05.2013, le Parisien

Le département possède un domaine forestier vaste où, chaque année, près de 300000 m3 de bois sont exploités. Le bois sur pied chargé ce jour-là partira le jour même en direction du Havre, avant d’être envoyé en Chine via les porte-conteneurs.

Ce pays est devenu un importateur incontournable », observe un professionnel. Le hêtre et le chêne, qui composent la majorité des forêts du département, sont les deux essences les plus prisées par les chinois. Près de 80% des grumes de hêtre, en Picardie, sont exportées vers la Chine, de manière directe ou indirecte.

La hausse des prix met à mal les scieries locales

« Ils n’en ont pas chez eux. Et pour des raisons environnementales, ils ne peuvent plus se contenter de leurs forêts. Ils viennent donc chez nous »,

Le hêtre leur sert pour l’aménagement intérieur de leur maison. Quant au chêne, qu’ils importent principalement d’Amérique et de France, ils le transforment et le renvoient sous forme de meubles et de parquets. « C’est possible parce que ce pays taxe peu l’importation de grumes, mais beaucoup les produits transformés. A contrario, en Europe, rien n’est protégé »,

L’Oise vend ainsi aujourd’hui plus de bois brut que de parquets, menuiseries, meubles et autres. Entre 2009 et 2011, les exportations estimées de grumes de chêne et de hêtre, en partance pour la Chine, ont grimpé de 13 à 28% selon les chiffres du ministère de l’Agriculture.

« Le problème, c’est qu’on ne maîtrise rien. Conséquence, quasiment tout le bois est exporté. Et les demandes asiatiques ne cessent de croître. C’est un gouffre sans fin. Avec la demande, les prix grimpent et les scieries locales ne peuvent rivaliser, mettant en péril leur existence. Certains professionnels se plaignent ainsi de récupérer les lots les plus abîmés. «  Beaucoup de scieries ont dû fermer. D’autres sont en danger. C’est toute la filière bois dans le département qui pâtit de cette situation »,

« L’outil industriel va disparaître »

Dans l’Oise, entre les charpentiers, les scieries, les exploitants, etc. ce sont près de 1500 emplois qui vivent directement de la filière. Et impossible de vendre plus de bois. A Compiègne, l’Office national des forêts (ONF) est clair. « Nous vendons déjà tout ce qui est vendable », assure Michel Leblanc, responsable ONF des forêts Compiègne-Laigue.

Quelles solutions seraient envisageables ? Seules solutions possibles, légiférer sur ces exportations. Un enjeu d’autant plus important à l’heure où les Français se chauffent de plus en plus au bois.

L’instauration d’une taxe à l’export serait essentielle pour préserver l’emploi localement. Autre solution : celle de solidariser les propriétaires privés. Avec les salaires chinois qui augmentent, il sera peut-être plus rentable de réaliser la transformation dans l’Oise. La machine industrielle repartirait alors. Des Chinois ont d’ailleurs commencé à investir dans des scieries du département. L’Oise a son rôle à jouer. Le tout est de savoir si la filière bois locale survivra jusque-là.