Europe : Démocratie = la grande braderie

, par Michel DECAYEUX

23 :/04/13 CI

Les traditions politiques de l’Europe cèdent sous le poids de la crise La démocratie, avec ses compromis et ses impondérables, n’est décidément pas à la mode en ce moment. Le “dialogue renforcé avec les citoyens”, le “renforcement du Parlement européen” et autres pièces maîtresses de la “collection traité de Lisbonne” gisent épars comme autant de babioles sur la grande table de la braderie européenne. Désormais, ce qui compte, ce sont les décisions d’une troïka [Commission européenne, BCE et FMI] sans visage et le pouvoir d’une Banque centrale européenne (BCE) que le Parlement ne contrôle pas. La promesse d’une Europe “plus démocratique et plus transparente” n’a pas survécu à la crise. Pis encore : on en arrive à douter qu’il soit possible d’en sortir sans rogner certains acquis démocratiques. Comment en sommes-nous arrivés là ? Et où cela peut-il nous mener ?

Les experts de la troïka n’apparaissent nulle part nommément. Personne ne peut dire comment se prennent les décisions auxquelles les pays doivent se soumettre. Ce n’est pas là l’œuvre d’habiles et sinistres acteurs antidémocratiques, il s’agit plutôt d’un sentiment insidieux selon lequel le peuple, les élus et la démocratie elle-même sont dépassés en situation de crise. Ce qui va à l’encontre de l’idée qu’en cas de crise c’est la démocratie qui garantit la stabilité.

Qu’en est-il vraiment ? Certes, l’establishment ne souhaite pas bouleverser tout notre système politique, mais les puissants se sont déjà aménagé un bel espace non démocratique où se réfugier en cas de besoin. La BCE en est le meilleur exemple. Le traité de Lisbonne en a fait un organe de l’UE, mais personne n’a alors songé à la contrôler, tant ses responsabilités de gardienne de la monnaie semblaient éloignées des questions politiques Entre-temps, la BCE est devenue l’un des principaux acteurs de la crise de l’euro. La banque a ainsi vu ses compétences élargies à des sujets très politiques, comme la décision d’acheter des emprunts d’Etat sans montant limite. Tout cela sans le moindre amendement au texte du traité. Quoi que la BCE fasse ou ordonne, les citoyens n’ont pas la moindre influence sur ses décisions. Le Parlement européen n’est pas habilité à contrôler les activités de la BCE.

La situation n’est pas dépourvue d’avantages pour les gouvernements : ceux-ci peuvent appliquer les mesures de la BCE sans en porter la responsabilité. Le Parlement européen se félicite de pouvoir désormais refuser les propositions de budget des Etats et des gouvernements, pour ce qui est des grands plans de sauvetage, il se contente toujours du rôle de spectateur. Il n’en reste pas moins critique

La démocratie fonctionne toutefois à merveille pour la limitation de vitesse à 30 kilomètres/heure. Les Grecs ne peuvent peut-être pas décider du niveau de leurs retraites et les Chypriotes n’ont peut-être pas voix au chapitre quand on menace de confisquer leur épargne, mais ils peuvent toujours s’engager pour fixer des limitations de vitesse à l’échelle européenne et occuper leurs conseils municipaux avec ces graves questions. Vive la démocratie