Le niveau de vie des Français baisse, sauf celui des plus riches

, par Michel DECAYEUX

le 24.04.2013 Le parisien/INSEE

La crise est bien là, confirme l’Insee -si c’était encore nécessaire- mais pas vraiment pour tout le monde. Dans une étude publiée ce mercredi, l’organisme de statistiques montre que le niveau de vie des Français a stagné ou baissé en 2010, mais. que cette tendance masque une réalité contrastée. A regarder les chiffres en détails, les plus modestes ont été particulièrement touchés par la crise, alors que les 5% les plus riches s’en sortent beaucoup mieux.

En 2010, le niveau de vie médian de la quasi-totalité des ménages français a ainsi baissé de 0,5% par rapport à 2009, indique l’Insee dans son ouvrage « Revenus et patrimoines des ménages ». Il atteignait 19 270 euros annuels, soit 1 610 euros par mois (la première moitié de la population ayant moins, la seconde plus), par unité de consommation. Mais si presque tous les Français sont concernés par cette baisse, elle est plus sensible dans le bas que dans le haut de l’échelle de revenus, relève l’Insee. Ainsi, la diminution oscille entre 1,3 et 1,6% pour les 30% les plus pauvres, mais est limitée à 0,3% pour les 10% les plus riches.

Les catégories les plus aisées échappent à ces mauvaises nouvelles : le niveau de vie des 5% les mieux lotis est reparti à hausse en 2010 (+1,3%) après avoir quasiment stagné en 2009 (+0,2%). Et les revenus des 1% des personnes les plus aisées (à partir de 89 400 euros par an) ont augmenté plus fortement encore (+4,7%) ! Ces augmentations s’expliquent par une hausse des revenus d’activité mais aussi grâce à celle des revenus du patrimoine (l’immobilier ou les placements financiers).

Conséquence de cet écart, la plupart des indicateurs d’inégalité ont progressé en 2010, ainsi que le taux de pauvreté monétaire, qui a atteint 14,1% de la population (en hausse de 0,6 point par rapport à 2009), rappelle l’Insee. En clair : en un an, environ 440 000 personnes supplémentaires sont tombées sous le seuil de pauvreté. Les familles ont été particulièrement touchées, avec 2,7 millions d’enfants pauvres et un taux de pauvreté des moins de 18 ans de 19,6% en 2010.

« Depuis le début de la crise, en 2008, le niveau de vie a augmenté pour les Français situés dans la moitié supérieure de l’échelle des revenus alors qu’il a diminué pour les autres », résume Jérôme Accardo, chef du département des prix à la consommation, des ressources et des conditions de vie des ménages, en conférence de presse.

Le système de protection sociale a toutefois amorti l’augmentation des inégalités, analyse l’Insee. Ainsi les allocations chômage et les transferts sociaux (prestations familiales, allocations logement, minima sociaux) « ont atténué les écarts d’évolution d’un bout à l’autre de la distribution ».

Les femmes de plus de 75 ans davantage touchées par la pauvreté

Chez les personnes âgées, les situations individuelles sont contrastées. Le niveau de vie des seniors les plus jeunes a progressé plus rapidement que celui des plus âgés. Pourquoi ? Les générations récentes de personnes âgées, et particulièrement de femmes, bénéficient de carrières salariales de plus en plus complètes et arrivent à la retraite avec des niveaux de pension, et donc des niveaux de prix, de plus en plus élevés.

Avec un taux de pauvreté de 10,4% en 2009 (dernier chiffre disponible), les personnes âgées restent en moyenne moins touchées par la pauvreté que les personnes d’âge actif, souligne par ailleurs l’Insee. Mais attention, la pauvreté des seniors s’est accrue chez les femmes de plus de 75 ans, souvent veuves et qui, sur les générations concernées, ont peu travaillé et donc moins cotisé pour leur retraite.

Unité de consommation, c’est quoi ?

Le revenu par unité de consommation, sur lequel s’appuie cette étude de l’Insee, correspond aux revenus du foyer divisés par le nombre d’unités de consommation qui le compose : 1 UC pour le premier adulte du ménage puis 0,5 UC pour les autres personnes de plus de 14 ans et enfin 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans. Exemple : pour se situer au niveau médian du niveau de vie, un célibataire Français doit donc gagner 19 270 euros par an, comme indiqué précédemment. Mais si un foyer est composé d’un couple et de deux enfants de moins de 14 ans (2,1 UC au total), celui-ci doit déclarer 40 467 euros par an (3372 euros par mois) pour être au niveau de vie médian des Français.