CHYPRE • un sauvetage au prix fort. Un plan à hauts risques

, par Michel DECAYEUX

Courrier international et Moskovski Komsomolets |28.03.13

En imposant une taxe sur les dépôts bancaires en échange d’un plan d’aide de 10 milliards d’euros, les dirigeants de la zone euro ont commis au mieux “un dangereux précédent”, au pire, “un chantage”, selon la presse européenne. Le chantage a remplacé la solidarité Le prêt de 10 milliards d’euros accordé par l’Union européenne et le FMI pour renflouer les banques chypriotes était assorti d’une taxation inédite sur les dépôts bancaires. Une trahison ! En décidant de taxer directement les dépôts sur les comptes bancaires de l’île pour réduire le coût du plan de sauvetage financier, le gouvernement chypriote et l’Union européenne ont fait surgir le spectre d’une nouvelle crise de l’euro. Les Chypriotes sont en colère, les nombreux Russes qui utilisent le système bancaire du pays sont furieux, et les responsables européens craignent désormais une perte de confiance totale en la monnaie unique. Chypre et les bailleurs de fonds internationaux ont trouvé un accord ce lundi 25 mars à l’aube sur le plan d’aide de 10 milliards d’euros qui devrait permettre d’éviter la faillite de l’île et sa sortie de la zone euro. Celui-ci prévoit notamment la taxation d’actions, d’obligations et de dépôts bancaires, et la restructuration du secteur bancaire chypriote.

Qu’elle soit légale ou non, cette véritable violation de la nature même de la garantie des dépôts – en vertu de laquelle les petits épargnants européens sont certains que les dépôts d’un montant inférieur à 100 000 € ne seront pas menacés, même si leur banque est au bord du gouffre – trahit de façon impardonnable ceux qui ont le plus à perdre et qui sont le moins responsables

Russie : Vladimir Poutine Estomaqué

Une décision injuste, non professionnelle et dangereuse.” C’est la réaction du président russe Vladimir Poutine à la décision de la troïka européenne de taxer les dépôts bancaires à Chypre. Dans ce paradis fiscal, les avoirs appartenant aux citoyens et aux entreprises russes s’élèveraient à quelque 15 à 20 milliards d’euros. Chypre est devenue le troisième plus grand investisseur étranger direct en Russie. Non pas que cette demi-île – n’exportant presque rien – se soit muée en puissance économique, mais tout simplement parce que l’argent des oligarques russes revient blanchi dans son pays d’origine, prêt à servir pour acheter des appartements, ouvrir des boutiques de luxe et goudronner les routes des forêts. Ce n’est pas non plus un hasard si des armes russes à destination de Bachar El-Assad sont passées par Chypre