Représentativité syndicale : la CFTC en pleine opération survie

, par Michel DECAYEUX

15/03 Les échos

Les résultats de la réforme de la représentativité seront dévoilés le 29 mars. Habemus CFTC ? Pour la centrale chrétienne, la fumée blanche sortira, ou pas, le 29 mars, date où le ministère du Travail annoncera les résultats des élections professionnelles du cycle 2009-2012 dans le privé. Un tournant dans l’histoire du dialogue social : en vertu de la réforme de la représentativité de 2008, seules les centrales ayant recueilli plus de 8 % des voix resteront représentatives au niveau national.

C’est une formalité pour la CGT, la CFDT et FO, et la CGC (cadres) est protégée par son statut catégoriel. Mais la CFTC, elle, est menacée de ne pas franchir la barre. Elle n’a récolté que 6,4 % des voix en 2004-2005 (derniers scores nationaux connus) et a vu depuis son influence reculer dans des entreprises de poids (France Télécom, Renault, AXA...). Pas de miracle non plus aux élections dans les TPE en décembre dernier (6,5 %) et les autres centrales la jugent en « ballottage défavorable », si ce n’est « condamnée ». « Passer les 8 % »

A la CFTC, on affiche pourtant sa foi. La centrale brandit aux sceptiques une liste d’entreprises ou elle progresse (Capgemini, Spie, Auchan...) et elle a enregistré de bons résultats aux élections dans les chambres d’agriculture en janvier, ou elle bondit de 10 points pour atteindre 13,1 % des voix. Dans « La Croix » du 7 mars, son président, Philippe Louis, avance en outre qu’en recalculant les résultats de 2005 selon les nouvelles règles de décompte (score au premier tour des élections CE-DP), « on dépasse les 8 % ». « On va passer, n’en déplaise à certains », martèle Joseph Thouvenel, en charge du dossier.

La centrale, créée en 1919, y joue peu ou prou sa survie. En cas d’échec, elle perdrait sa place à la table des négociations interprofessionnelles, le droit de siéger dans les organismes paritaires (Cnaf, Pôle emploi, etc.) ... et les précieuses subventions publiques liées, qui assurent deux tiers du budget confédéral. Certes, cela ne signifierait pas la mort immédiate de la CFTC, qui restera représentative dans des entreprises et des branches, et pourra tenter de se refaire sur le cycle électoral 2013-2017. Mais avec une visibilité, un pouvoir et un budget réduits, l’exercice risque de tourner au calvaire.

Le 25 février, Philippe Louis a rencontré François Hollande pour plaider sa cause. Avec un message, aussi passé aux députés, auquel l’exécutif, comme le patronat, n’est pas forcément insensible : à l’heure des réformes douloureuses et du renforcement de la démocratie sociale, pourquoi se tirer une balle dans le pied en sortant du jeu un syndicat réformiste ?

A défaut d’une annulation de la réforme, exclu, la CFTC espère des arbitrages favorables lors des discussions d’affinage qui s’engageront entre la publication des résultats électoraux, le 29 mars, et celle des arrêtés de représentativité, « avant l’été » selon le ministère. Elle récuse notamment la prise en compte des résultats dans les entreprises publiques à statut (SNCF, RATP, EDF), ce qui ferait son affaire car elle y pèse très peu. Autre front : le juridique. La CFTC, avec le cabinet d’avocats Barthélemy, recense les ratés qui ont émaillé les scrutins (PV mal remplis, piratage du système de traitement des résultats, problème de matériel de vote...). S’il faut attaquer, elle attaquera, prévient-elle, persuadée de pouvoir faire s’écrouler tout ou partie de la réforme. « Mais il n’y aura pas besoin d’en arriver là puisqu’on va passer les 8 %... », conclut Joseph Thouvenel. On saura dans deux semaines si c’est un voeu pieux.