Retraite complémentaire : un accord pour sauver l’Agirc-Arrco

, par Michel DECAYEUX

AFP/les echos/le Parisien le 15.03.2013

Il fallait renflouer une partie du système de retraite par répartition et cela s’est fait lors d’une négociation difficile. Mercredi soir, les partenaires sociaux, qui gèrent les régimes de retraite complémentaire, sont parvenus à un protocole d’accord pour assainir la situation financière délicate de l’Agirc (cadres du privé) et de l’Arrco (tous les salariés du privé). Si le gouvernement se satisfait de cet accord à venir, tous les syndicats n’y ont pas trouvé leur compte. Des analystes voient dans ce projet d’accord, un signal fort envoyé à la société française afin de se préparer à des nouveaux sacrifices dans le cadre de la réforme du régime général comme l’avait prédit François Hollande mardi en déplacement à Dijon.

Les syndicats partagés entre soulagement et fatalisme. Ce texte entérine de fait une baisse de pouvoir d’achat pour 11 millions de retraités car il prévoit que les pensions seront moins revalorisées que l’inflation pendant trois ans. Pour Danièle Karniewicz (CFE-CGC), les efforts sont « déséquilibrés » et visent surtout les retraités. Il est vrai que la hausse des cotisations rapportera environ deux fois moins que la sous-indexation des pensions. Mais selon Philippe Pihet (FO), ce n’est pas la première fois que les retraites complémentaires sont ainsi ciblées : « Cela a déjà été fait dans les années 90 quand les régimes étaient à peu près dans les mêmes conditions ». Au final, ces mesures permettront d’économiser 3 milliards d’euros à l’horizon 2017. Sans toutefois parvenir à combler le déficit estimé à 8,6 milliards d’euros à cette date.

« Nous repoussons l’échéance de quelques années. C’est utile, je ne suis pas sûr que ce soit suffisant », a résumé Jean-Louis Malys, représentant de la CFDT à l’issue de la négociation. La CFDT, la CFTC et FO devraient au final apposer leur signature sur ce texte tandis que le président de la CFE-CGC, Bernard Van Craeynest, a prévenu jeudi à Toulouse qu’il ne signerait « très probablement pas ». La CGT devrait faire de même, refusant de « faire subir une nouvelle contrainte » aux retraités.

Après les complémentaires, place à la réforme du régime général

Vers une réforme douloureuse du régime général. La ministre de la Santé et des Affaires sociales Marisol Touraine avait elle-même affirmé peu avant que « des efforts » seraient demandés « à tous les Français ». Jeudi, la ministre a remis à Yannick Moreau, présidente de la Commission pour l’avenir des retraites, un cahier des charges pour élaborer des pistes de réformes d’ici juin. Plusieurs voix, à droite et à gauche, ont déjà suggéré d’accélérer le passage de l’âge légal de départ à 62 ans, pour qu’il soit effectif dès 2015 au lieu de 2017.

Les trois leviers permettant de faire des économies y sont détaillés : durée d’activité, cotisations et pensions. Mais Michel Sapin a semblé écarter jeudi toute nouvelle mise à contribution des retraités qui paraît selon lui « très difficile ». Il faut dire que la moitié d’entre eux, ceux qui sont imposables, est également visé par la taxe de 0,3% au 1er avril qui servira à financer la dépendance à partir de 2014. Le gouvernement pourrait donc être tenté de cibler cette fois les actifs, par exemple à travers un allongement de la durée de cotisation qui est « évidemment sur la table » selon Michel Sapin et « doit être examiné », selon Marisol Touraine. L’ancien ministre PS du Budget Henri Emmanuelli a d’ailleurs récemment soutenu cette option.

Concrètement : Quelles incidences pour les retraités ?

L’effort représente en moyenne près de 14 euros par mois la première année. Soit, au bout de trois ans, une chute du pouvoir d’achat de 42 euros mensuels. Mais il ne s’agit que d’une moyenne. Car la retraite complémentaire n’a pas le même poids suivant le statut occupé par le salarié durant sa vie active. Elle ne représente ainsi qu’un peu plus d’un tiers de la retraite totale d’un non-cadre, mais jusqu’à 60% pour un cadre. Bref, en cas d’inflation à 2%, le manque à gagner, pour un non-cadre, devrait être d’un peu plus de 5 euros par mois la première année (15 euros en régime de croisière au bout de trois ans), et de plus de 20 euros pour un cadre (60 euros après trois ans). Dans tous les cas, les pensions ne baisseront pas, mais augmenteront moins vite.