Laurence Parisot sur France Info : Un accord historique au contenu profondément innovant

, par Michel DECAYEUX

MEDEF TV 15 janvier2013

OFCE | 16.01.2013

Fondation Jean-Jaures | 17.01.2013

Invitée de Raphaëlle Duchemin sur France Info, Laurence Parisot demande au parlement de « respecter à la lettre » le texte de l’accord conclu le 11 janvier dernier par les partenaires sociaux. Pour la présidente du MEDEF, cet accord « va donner aux entreprises, aux petites comme aux grandes, de nouveaux outils pour pouvoir s’adapter, pour pouvoir faire face à la conjoncture et même aux ruptures technologiques ».

« C’est totalement un accord historique, en tout cas il le sera quand il sera voté par le Parlement. Il est tout-à-fait essentiel que le Sénat et l’Assemblée nationale respectent, à la lettre, le texte » a précisé Laurence Parisot à l’antenne de France Info, ajoutant que le contenu de cet accord du 11 janvier est « profondément innovant, parce qu’il couvre un champ très large de la vie du travail, de la vie sociale, parce qu’il va transformer la gestion des ressources humaines. »

Interrogée également sur une éventuelle nouvelle candidature à la tête du MEDEF, Laurence Parisot a déclaré être toujours « en état de réflexion ». « Je me prononcerai clairement dans quelque temps, une fois que le comité statutaire sera lui-même en mesure de formuler une recommandation sur l’éventuelle réforme des statuts », a-t-elle précisé

Il n’y a pas que nous FO qui le disons !

"J’aurais préféré un accord plus favorable aux travailleurs" Par Jean-Louis Bianco, ancien secrétaire général de l’Elysée, ancien ministre, pour la Fondation Jean-Jaurès

Alors accord historique ou pas ?

Certainement pas historique aujourd’hui, dès lors que deux syndicats importants le refusent. Peut-être historique demain, s’il ouvre la porte à une ère nouvelle en France de compromis plutôt que d’affrontement, et surtout s’il consacre le début d’une longue marche vers la démocratie sociale.

Après des semaines où les négociations semblaient enlisées, trois syndicats CFDT, CFTC, CGE-CGC sont parvenus à un accord avec les organisations patronales, accord auquel la CGT et FO ont refusé de s’associer. A chaque négociateur d’apprécier si le compromis obtenu est satisfaisant ou pas.

Comme FO et la CGT, j’aurais préféré un accord plus favorable aux travailleurs. Devant un compromis imparfait, c’est le dilemme permanent pour les syndicats : signer ou pas ?

L’idée d’associer davantage de sécurité pour les salariés avec davantage de souplesse pour les entreprises me paraît en tout cas fondamentalement juste. Mais il faut dire que la flexibilité pour les entreprises, contrairement à ce qu’affirme l’idéologie dominante, est déjà élevée en France. C’est plutôt la complication et la lenteur des procédures, sans que cela apporte en général de solution satisfaisante pour les salariés, qu’il faut corriger. L’accord s’y emploie. Je suis convaincu que les syndicats non-signataires se serviront eux aussi des nouveaux outils, comme les accords d’entreprise, désormais encadrés. Mais comme toujours, les vraies questions sont pour une part ailleurs.

Comment fabriquer au cas par cas des solutions équilibrées face à une compétition économique très dure (dont il faudrait certes modifier les règles mais ceci est une autre histoire) ?

Comment avoir un rapport de forces moins défavorable aux salariés ? Il y a deux réponses et deux seulement. D’abord des syndicats plus forts. Le faible nombre de syndiqués en France est une catastrophe. Ségolène Royal avait proposé de rendre l’adhésion à un syndicat obligatoire. Tout le monde, ou presque, avait hurlé. Mais était-ce si déraisonnable ? La deuxième réponse, c’est la démocratie sociale, c’est-à-dire plus de pouvoirs aux salariés dans l’entreprise. Le fameux rapport Gallois l’avait recommandé dans un paragraphe passé presque inaperçu. Les syndicats ont obtenu, dans la dernière phase de la négociation, qu’il y ait des représentants des salariés avec voix délibérative dans les conseils d’administration. C’est insuffisant. Ce n’est qu’un (petit) premier pas. Il en faudra d’autres. Mais je suis convaincu que quelque chose d’important a bougé.

"Un accord plutôt favorable aux employeurs" Par Eric Heyer, directeur adjoint du département analyse et prévision de l’OFCE (Observatoire Français des conjonctures économiques)

Sur le papier et à première vue, l’accord signé par le patronat et trois syndicats semble aller plus loin dans la flexibilisation du marché du travail que dans la sécurisation du parcours professionnels des salariés et des chômeurs. Certes, certains nouveaux droits devaient être accordés aux salariés, comme celui des droits au chômage rechargeables, la généralisation de la complémentaire santé ou l’encadrement des temps partiels.

Mais malheureusement ces nouveaux droits sont très largement insuffisants pour pouvoir évoquer un renforcement significatif de la sécurisation du parcours professionnel du salarié. En revanche, les avancées obtenues par les entreprises en échange apparaissent plus conséquentes : c’est notamment le cas des accords de modulation du temps de travail qui devraient permettre aux entreprises, en période de basse conjoncture, de pouvoir ajuster leur volume horaire non plus par l’emploi mais par la durée du travail et ce sans compensation du salaire mensuel.

L’obtention d’une plus grande facilité dans leurs opérations de mobilité interne constitue également une avancée significative pour les employeurs. Enfin, et même si cela demande à être confirmé dans les faits et dépendra de l’interprétation des juges et des autorités administratives, la plus grande souplesse et sécurité juridique associée aux procédures de licenciement contenu dans cet accord finit de nous persuader du supplément de flexibilité obtenu pour les entreprises.

Cet accord, plutôt plus favorable aux employeurs, pourrait profiter aux salariés s’il permettait de créer plus d’emplois. Or, si la possibilité de modulation du temps de travail permettrait de sauvegarder effectivement de l’emploi au prix d’une baisse du pouvoir d’achat des salariés, on peut penser que dans un contexte conjoncturel aussi dégradé, les autres éléments permettant une plus grande flexibilité entraineront, à court terme, plus de destructions d’emplois.

Au final, ces mesures seraient plus efficaces dans un contexte de reprise de l’activité et donc très peu compatible avec la politique d’austérité drastique et synchronisée en France et partout en Europe. Par ailleurs, elle ne répond que très partiellement aux dysfonctionnements majeurs du marché du travail en France : la difficile accession des jeunes à l’emploi, le maintien des séniors en activité et l’explosion du chômage de longue durée.