Raymond Soubie : « On ne peut pas reculer encore l’âge du départ à la retraite »

, par Michel DECAYEUX

19/12 les échos

Artisan de la réforme de 2010 lorsqu’il était conseiller social de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, Raymond Soubie, président de la société de conseil Alixio, livre son analyse des nouvelles prévisions financières du Conseil d’orientation des retraites. Le Conseil d’orientation des retraites prévoit un déficit de plus de 20 milliards d’euros en 2020. La réforme de 2010 n’a donc pas suffi ?

La réforme de 2010 permettait d’équilibrer les comptes à l’horizon de 2018, tout en apurant les déficits des années précédentes. Elle s’appuyait sur les prévisions du COR d’avril 2010. C’est l’aggravation de la crise économique qui explique que le COR ait modifié ces prévisions. Notre modèle social est extrêmement sensible à la croissance. Dès qu’elle est inférieure à 1,5 %, les recettes s’effondrent et le système ne tient plus. Les chiffrages du Conseil montrent en tout cas que la réforme de 2010 était absolument nécessaire. Où en serions-nous aujourd’hui si elle n’avait pas été menée à bien ?

La réforme des régimes spéciaux (SNCF, RATP...) est-elle allée assez loin ?

La Cour des comptes estime qu’elle n’a pas permis de faire des économies. C’est inexact. La réforme a eu un vrai impact sur ces régimes de retraite. Mais les politiques salariales qui ont été menées en même temps ont eu pour effet d’accroître les coûts des entreprises publiques concernées. Ce sont deux notions différentes.

Que faut-il faire maintenant pour rétablir l’équilibre ?

Les projections du COR montrent qu’il faut aller plus loin, mais les marges de manoeuvre sont très étroites. Accélérer le relèvement de l’âge d’ouverture des droits ? Il augmente déjà au rythme très rapide de cinq mois par génération. On ne peut pas reculer encore l’âge du départ, en tout cas avant 2020. Augmenter la durée de cotisation ? Elle progresse régulièrement. Accroître les ressources des régimes de retraite ? Le niveau des prélèvements obligatoires est à un niveau record. La dernière solution serait d’agir sur le montant des pensions, en les revalorisant moins vite que l’inflation. Nous l’avions écartée d’emblée en 2010. Mais, aujourd’hui, la situation est nettement plus grave.