SOMME Les professionnels du bâtiment manifestent : perturbations sur les routes

, par Michel DECAYEUX

PICARDIE Marchés truqués dans les bâtiments historiques

6 et 9 décembre 2012 Le courrier Picard

Les professionnels du bâtiment manifestent ce jeudi matin. Environ 75 camions, selon les organisateurs, sont présents aux entrées et sorties d’ Abbeville pour une opération escargot. Des poids lourds sont aussi positionnés à Doullens, Roye, Péronne et Quevauvillers. Les manifestants ont prévu de converger vers Amiens à 11 heures, au niveau du cirque municipal, non loin de la préfecture. Ils entendent protester contre l’augmentation de la TVA de 7 à 10% au 1er janvier 2014. Selon eux cette mesure va occasionner de la perte d’emploi.

PICARDIE Marchés truqués dans les bâtiments historiques

La cour d’appel a confirmé les sanctions frappant quinze entreprises du bâtiment, accusées d’entente illicite sur 130 chantiers de rénovation. Les chiffres donnent autant le vertige qu’une balade en haut de la cathédrale d’Amiens : dix ans d’enquête (à coups de perquisitions, écoute et auditions), quinze entreprises mises en cause, dix millions d’euros de sanction pour un préjudice incommensurable. Tout part en 2001 de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) de Rouen, qu’intrigue un appel d’offres pour un chantier sur la cathédrale de la capitale normande. Le parquet est saisi, la Direction de la concurrence enquête. En tirant sur un fil, elle va détricoter un vaste système d’entente entre des entreprises du bâtiment, spécialisées dans les monuments historiques. Ces sociétés, régulièrement en contact lors des réunions de préparation de chantier, s’étaient mises d’accord pour toutes postuler aux appels d’offre en décidant à l’avance laquelle (généralement la plus proche du site) proposerait le meilleur prix, tout de même majoré. Les autres établissaient des devis bien plus élevés, à charge de revanche quand le chantier concernerait leur secteur. La cour d’appel estime que 90 % des travaux engagés entre 1998 et 2001 ont subi la loi du cartel. En Picardie par exemple, la cour dresse une carte des prés carrés : Chevalier Nord pour la Somme, Pradeau et Morin pour le Beauvaisis, Faber pour l’Oise, Léon-Noël dans l’Oise, le sud de la Somme et l’ouest de l’Aisne, Quélin dans l’Aisne. Ce qui n’en empêchait pas d’autres (Charpentier PM, Lefèvre, Lanfry, Payeux, Terh) de prendre leur place au banquet. 45 marchés truqués en Picardie

Prescription oblige, une période de quatre ans (de 1998 à 2001) a été retenue. Ce qui permet déjà de dresser une jolie liste de marchés truqués - 45 - parmi lesquels on retrouve quelques fleurons du patrimoine régional : cathédrales d’Amiens, Beauvais, Noyon, Saint-Vulfran à Abbeville, théâtre impérial de Compiègne, grandes écuries de Chantilly, château de Rambures mais aussi basilique d’Albert, école des Beaux-Arts d’Abbeville, chapelle du Saint-Esprit à Rue, église de Gamaches, église d’Ault...

La Picardie et la Normandie sont vues comme les régions ou l’entente illicite était la mieux organisée.

Des fraudes moins élaborées ont été découvertes en Bourgogne, Aquitaine, Île-de-France et Nord - Pas-de-Calais. Suite à la procédure, les DRAC ont vu de nouvelles entreprises postuler sur les marchés de rénovation de bâtiments classés et, ô surprise, ont constaté que les prix baissaient soudainement de 20 %.