Senlis:Electrolux : les « Martin » ne lâcheront rien

, par Michel DECAYEUX

jeudi 25 octobre 2012 Le Parisien-L’Union

Près de 400 personnes se sont mobilisées hier, à l’appel de l’Intersyndicale, lors du comité central d’entreprise à Senlis. Mais après cinq heures de discussions, aucune précision pour justifier la fermeture du site revinois n’a été apportée par la direction.

TOUTES LES IMAGES DE LA COLÈRE DES ELECTROLUX À SENLIS.

DÉMONTÉS. Déterminés. Ouvriers, intérimaires, retraités, élus revinois ou même simples citoyens revinois, ils étaient plus de 400 hier, à monter dans les sept bus depuis Revin. Direction : Senlis, siège du groupe Electrolux France. Objectif : inciter le groupe suédois à faire machine arrière sur sa décision de fermer le site revinois d’ici deux ans. Pour Michel, retraité d’Electrolux depuis fin 2010, il était impensable de ne pas être là : « Ma famille a toujours travaillé chez Electrolux. C’est normal d’être solidaire ». Il est 13 heures quand les cars ont déposé les « Martin » comme ils se surnomment, à l’entrée de la ville. Bloquant la circulation, ils ont défilé jusqu’à la zone industrielle, rue Félix-Louat plus précisément. Sur place, sous le regard des gendarmes de la compagnie de l’Oise, ils sont accueillis par des « Allez Revin, nous sommes avec vous ! » que leur criaient en chœur une cinquantaine de salariés d’Electrolux de Senlis et de Marly : « Ras-le-bol des délocalisations avec des sociétés qui font du bénéfice ».

"On est tous des Martin"

Comme prévu, à 14 heures, la réunion démarre. L’ambiance est tendue. Quarante minutes plus tard, Carole, une représentante de la CFDT, annonce qu’elle a reçu un texto d’un syndicaliste : « L’ambiance est hyper glaciale ». Il n’en fallait pas plus pour énerver quelques manifestants. Après avoir coupé le grillage, ils sont entrés dans l’enceinte du siège. Les représentants syndicaux sont alors obligés de sortir pour faire le point. « La direction refuse de discuter de notre projet », hurlait Lysian Fagis. « On ne les laissera pas nous tuer, tuer l’usine, tuer Revin. C’est notre usine », martelait Miguel Vassaux. Les esprits s’échauffent. Cependant, à la demande des syndicalistes, aucun n’a débordement n’a eu lieu, afin de permettre une reprise des négociations, de manière sereine. C’est ainsi que régulièrement, dans l’après-midi, les manifestants ont été tenus au courant presque heure par heure de ce qui se passait à l’intérieur, tout comme les médias nationaux, enchaînant les directs et les interviews. Une longue après-midi émaillée de coups de sang, d’invectives virulentes à l’encontre du groupe suédois bien évidemment, mais sans heurts. « Tout le monde à Revin et dans la Vallée, voire au-delà a de la famille qui a travaillé chez Arthur Martin ou à Electrolux », répétaient inlassablement des Revinois. 18 heures, une partie des manifestants a dû rentrer sur Revin. Près d’une heure plus tard, les représentants syndicaux sortaient à nouveau : « La direction ne parle que de reprise et de repreneur. Nous voulons qu’il y ait autant de moyens mis en œuvre pour cette reprise que pour notre projet », n’en démordait pas Lysian Fagis avant de s’engouffrer à nouveau à l’intérieur du bâtiment. Hier soir, les discussions se sont poursuivies jusque tard dans la soirée. Bilan de la journée : même si les syndicats n’ont pas réussi à obtenir toutes les réponses, notamment concernant le refus net de la direction de prendre en compte leur projet ArdennES, les « Martin » savent que la bataille ne fait que commencer. Ils ont appris par exemple, hier, qu’une réunion à Paris avec le directeur du cabinet du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg se tiendra mercredi prochain, en présence des élus et des représentants syndicaux.