La météo fait flamber les prix alimentaires

, par Michel DECAYEUX

Le Parisien

Les mauvaises conditions climatiques, en France comme à l’étranger, provoquent déjà une valse des étiquettes des fruits et légumes. Dès la rentrée, la viande et les produits à base de céréales devraient être touchés Avis de tempête sur le prix des denrées alimentaires. Les précipitations, trop abondantes depuis le printemps en France, mais aussi la sécheresse en Inde, aux Etats-Unis et en Russie se conjuguent pour provoquer une valse des étiquettes dont l’effet se fait déjà ressentir dans les rayons fruits et légumes. « La grande distribution prétexte les aléas climatiques pour ponctionner dès à présent le consommateur », peste Pascal Ferey, responsable environnement à la Fédération des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).

« Cette semaine, on a pointé des hausses de prix de 10 à 12% sur les légumes, y compris la salade peu touchée par les intempéries. Le prix au kilo des nectarines a augmenté de 8%, celui des pêches de 20%. Même les abricots frôlent les 25% d’inflation, alors qu’ils sont vendus en cagettes pour les confitures et qu’ils n’ont que peu souffert des pluies. »

Un mauvais coup porté au pouvoir d’achat

Le pire reste sans doute à venir, puisque ce n’est qu’en septembre, une fois le bilan des récoltes perdues effectué, que les professionnels s’attendent à voir grimper encore les prix au kilo : le raisin de table et le melon devraient être les premiers impactés. Un mauvais coup porté au pouvoir d’achat, alors que les prix alimentaires mondiaux, secoués par la sécheresse frappant les grands pays producteurs, sont en progression, comme l’a révélé il y a deux jours l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). En juillet, ils ont progressé de 6% par rapport à juin. Si nous sommes encore loin des records de 2008 et 2011, qui avaient provoqué des émeutes du pain en Amérique latine et en Afrique, les consommateurs partout dans le monde devraient bientôt ressentir les effets de cette tension sur les denrées agricoles. En effet, l’envolée des céréales et des oléagineux fait aussi grimper le coût des aliments pour les animaux, ce qui se traduit par une hausse du prix de l’escalope de poulet et du kilo de bœuf.

Tirant les enseignements de ce qui s’était passé fin 2007-début 2008, l’Insee estime que « deux à trois trimestres sont nécessaires pour qu’une hausse des prix des matières premières alimentaires se diffuse aux consommateurs ». En 2008, la surchauffe des marchés mondiaux agricoles avait fait grimper les prix alimentaires (hors boissons) en France de 5,2% (par rapport à 2007), dont + 9,7% pour les produits laitiers, + 9,6% pour les huiles et les graisses, + 6% pour le pain et céréales (y compris biscottes, viennoiseries, farines, pâtes…). « Avec cette flambée des cours, il faut s’attendre à une répercussion de ces hausses en rayon », pronostique Michel Portier, directeur d’Agritel, expert des cours mondiaux des matières premières. « Celles-ci seront très variables selon que les produits alimentaires sont plus ou moins transformés mais, d’ici trois à quatre mois, on peut s’attendre à une hausse du prix de la viande

Une hausse de 40% pour le cours mondial du blé à la Bourse aux grains de Chicago depuis le 1er janvier 2012. Plus 30% pour le cours du maïs en Europe sur la même période… Depuis plusieurs semaines, les prix des matières premières agricoles, notamment des céréales et des oléagineux ont connu des flambées. En cause les aléas climatiques dans plusieurs grands pays producteurs.

Depuis trois mois il y a une sécheresse historique aux Etats-Unis qui assurent 40% de la production mondiale de maïs déclare un responsable d’Agritel, cabinet spécialisé dans les cours mondiaux des matières premières agricoles. Il était attendu au USA une récolte de 385 millions de tonnes, elle ne sera que 285 millions de tonnes au grand maximum. La sécheresse fait aussi des dégâts en Russie et sur le bassin de la mer noire. Des signes apparaissent aussi en Argentine et au Brésil (ce qui fait monter le prix du sucre), en Inde et en Australie. Tout ceci fait flamber les cours.

Des surcoûts forcément répercutés Une chose est sûre : les surcoûts supportés par les volaillers ou les éleveurs laitiers ou bovins (80% du soja utilisé dans l’élevage est importé) devront être bientôt répercutés aux industriels (qui transforment les produits) déclare le directeur de la fédération nationale des producteurs de lait. Il faudra bien à un moment donné que le lait leur soit acheté à meilleur prix. Il reste à savoir ensuite comment les industriels et les supermarchés se comporteront ensuite vis-à-vis du grand public.

Commentaire : Nul est besoin d’être grand clair pour savoir qu’au bout de la chaîne c’est le consommateur qui va en faire les frais. Il suffit déjà de se rendre dans les rayons des supermarchés où sur les étals des marchés pour constater cette flambée des prix sur les fruits et légumes. Bientôt nous allons constater une envolée du prix de la baguette de pain, du kilo de farine, du kilo de sucre, du paquet de pâte. En ce qui concerne ces produits issus des céréales il est aberrant de voir de telles envolées des prix alors que la récolte des céréales en Beauce, en Brie, en Picardie ( greniers à grains de la France) ont de très bons rendements (dixit les céréaliers eux-mêmes). Ils vont avoisiner en moyenne pour le blé les 90 à 100 quintaux à l’hectare (9 à 10 Tonne/Ha), le colza (oléagineux) : le rendement se situe à 40 quintaux à l’hectare, ce qui est aussi un bon rendement. Quant au maïs les rendements devraient aussi se situer dans des niveaux plus que corrects.

A partir de ces constats il y a des questions à se poser :

Pourquoi en France alors qu’à priori il n’ y a pas pénurie de céréales, les prix des produits issus de leur transformation vont flamber ? A cause de la mondialisation de l’économie, de la thésaurisation de certains producteurs ou transformateurs ! Peut être serait il plus judicieux pour les producteurs de volailles ou de lait qu’il se rabattent sur des produits cultivés sur le territoire national plutôt que d’acheter du soja aux USA. Les gallinacés aiment bien picorer le blé, le maïs, les bovins adorent les tourteaux résidus d’oléagineux, les pulpes résidus de betteraves sucrières, le maïs y compris lorsqu’il est ensilé vert. De plus, probablement que ceci réduirait notre déficit commercial induit en particulier à ces importations de produits agricoles à des prix d’achat exorbitants.