Une conférence sociale sur fond d’attentes fortes

, par Michel DECAYEUX

Le Parisien- les échos 9.07.2012

Symbole du renouveau du dialogue entre pouvoirs publics, syndicats et patronat, le sommet d’aujourd’hui et demain suscite de l’espoir mais risque de décevoir, faute d’annonces.

« Il faut des actes avant la fin de l’année ? »

JEAN-CLAUDE MAILLY secrétaire général de Force ouvrière Pour le patron de FO, la bonne méthode consiste à prendre le temps de discuter. A condition que les mesures suivent. Et vite. Car, selon lui, les Français n’attendront pas longtemps pour faire connaître leur impatience sur l’emploi et le pouvoir d’achat.

Prendre le temps de discuter comme le font les Allemands, la méthode peut-elle fonctionner ?

JEAN-CLAUDE MAILLY : Le gouvernement précédent disait, On a décidé ça et il vous reste un mois pour négocier. C’était une mauvaise méthode. Mais on ne veut pas non plus d’un gouverne¬ment qui dise connaître mieux le social que nous. Attention à la confusion des rôles. II faut qu’il nous laisse les mains libres sur les thèmes qui relèvent exclu¬sivement de la négociation du patronat et des syndicats, car c’est à nous de décider. Par contre, qu’il donne son ca¬lendrier sur telle ou telle loi afin de nous consulter. C’est de sa responsabi¬lité. Aujourd’hui, c’est le lancement d’un processus de concertation.

Quelles sont les conditions de la réussite ?

On ne peut pas passer notre temps en réunion. Il faut des actes avant la fin de l’année. Car la vie continue, les plans sociaux sont là. Les Français regardent cette conférence de loin. Les salariés attendent des solutions et veulent des résultats sur une diminution du chô¬mage et sur la protection de leurs droits. Le gouvernement tiendra-t-il compte de ce que nous aurons dit ou est-ce que ça restera du cinéma ? Voilà ce qui m’importe. La réponse viendra dans les semaines et les mois à venir. Et s’il faut mobiliser. FO mobilisera. Il y a des attentes de justice et des inquiétudes liées à l’emploi

Y a-t-il des sujets tabous pour FO ?

On dira non à une grande négociation sur la flexibilité du marché du travail. II y a de la flexibilité en France, bien trop, et ça n’a pas servi à sortir de la crise. Gel annoncé des salaires, des effectifs •••

Comment comptez¬ vous défendre les fonctionnaires ?

J’attends du gouvernement qu’il confirme, lors de la conférence, la fin de la révision générale des politiques publiques. Je vais demander une véri¬table évaluation du service public avant toute décision pour 2013.le Premier ministre l’a demandée pour le 25 septembre, nous voulons en dé¬battre, et rien ne doit être décidé d’ici là.

Quelles sont vos autres revendications ?

IL faut un retour à la retraite à 60 ans à taux plein. Par ailleurs, nous deman¬dons le rétablissement de l’allocation équivalent retraite pour les salariés se¬niors qui ont épuisé leurs droits et vi¬vent avec moins de 500 € par mois. Nous allons aussi réclamer le retour des mécanismes de cessation anti¬cipée d’activité, des préretraites. A partir du moment où des entreprises vont faire des ajustements, comment fait-on ? Est-ce acceptable qu’autant de seniors licenciés basculent un jour dans les minima sociaux pour attendre l’âge de la retraite, avec 470 € par mois pour une personne seule ?

Et les33 milliards d’euros à trouver puurépungerlesdéficitsen2013 ?

On arrive à des limites de soutenabilité sociale. Il faut qu’on en sorte, et pas par le bas. La norme des 3 % de déficit budgétaire est impossible à tenir. C’est une logique récessive qu’il faut re¬mettre en cause. Il y a des attentes de justice et des inquiétudes liées à l’em¬ploi. Le risque pour le gouvernement, s’il fait le choix de la réduction massive des déficits, c’est de générer des décep¬tions. Et le climat social à l’automne sera fonction des mesures prises.

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Laurence Parisot s’est montrée satisfaite sur la méthode de dialogue social et a rappelé la nécessité d’engager des "négociations sociales afin de faire mieux fonctionner le marché du travail" avec "la compétitivité équitable comme fil rouge". La patronne du Medef a estimé, par ailleurs, que la liberté d’entreprendre doit être inscrite dans la Constitution, au même titre que le dialogue social. François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, était, lui, tout sourire : "L’inscription de la place du dialogue social dans la Constitution est une très bonne chose. Personne ne sera supris que la CFDT soit satisfaite de cette méthode", laquelle, selon lui, va "enfin permettre aux acteurs du dialogue social de se comporter de manière civilisée". Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, a teinté son satisfecit sur "la méthode sociale" d’une demande répétée de mesures d’urgence. "Il ne faut pas tergiverser sur les mesures d’urgence au nom de la négociation", a-t-il dit. Par ailleurs, l’insistance du président de la République sur les problèmes de coût du travail l’a aussi marqué. "Il y a visiblement eu des pressions patronales. Nous ne partagons pas cette vision d’un problème de compétitivité", a-t-il expliqué

Hollande insiste sur la compétitivité Le figaro 09.07.12

font color =navy>o À la sortie, tous les leaders patronaux et syndicaux ont approuvé la méthode mise en place par le président de la République. François Chérèque (CFDT) a salué « une forme de détente qu’on avait perdue ces dernières années ». Jean-Claude Mailly (FO) s’est félicité d’une vraie « rupture sur la forme », attendant de voir « sur le fond ». "C’est le lancement d’un processus de discussion, ça ne veut pas dire qu’on sera d’accord sur tout". Il a décrit "une rupture sur la forme", estimant que "sur le fond, on verra". Evoquant "une rencontre très décontractée", il a lancé : "Vous le savez, le président de la République a de l’humour". Laurence Parisot (Medef) a rappelé son souhait d’« ouvrir une grande négociation sur le fonctionnement du marché du travail » et Jean-François Roubaud (CGPME), espéré « un dialogue social à la hauteur de la situation économique de la France ».