BEAUVAIS (OISE), Dix millions de brosses à dents sortent chaque année de la brosserie beauvaisienne

, par Michel DECAYEUX

La dernière brosse à dents française menacée de disparition

Le Parisien le 13.06.2012

C’est fait comment, une brosse à dents ? Cette semaine, Duopole, le dernier fabricant de brosse à dents françaises, installé à Beauvais (Oise), ouvre ses portes au public. Une opération initiée par Intermarché, l’un des distributeurs de l’enseigne, dans le cadre d’une campagne sur les produits « made in France ».

Un coup de pouce bienvenu pour cette société créée en 1946. Car le brossier, qui appartient au groupe alsacien Samap, est en redressement judiciaire depuis l’automne dernier, acculé par une dette de plusieurs millions d’euros.

Une part de marché qui ne cesse de diminuer

En décembre, 59 des 132 salariés du site ont été licenciés. « Aujourd’hui, la plupart des brosses à dents sont fabriquées en Chine, soupire Patrick Joly, le responsable commercial Bioseptyl, la marque de Duopole distribuée dans les grandes surfaces. Les grands groupes se battent sur le dentifrice. La brosse n’est qu’un support pour eux. Tandis qu’ici nous avons un véritable savoir-faire. »

Un savoir-faire qui remonte à loin. Dans les années 1930, la brosserie beauvaisienne, première usine d’Europe, proposait 2 000 modèles en os, corne ou ivoire. Désormais, la production est automatisée. Sur les tapis roulants, les manches en plastique multicolore défilent et se parent de 1200 poils en trois secondes. Chaque année, plus de 10 millions de brosses à dents sortent encore de l’usine. En dépit de cela, la part de marché de Duopole ne cesse de diminuer. « On a encore notre place, assure Patrick Joly, car les gens veulent des produits de qualité. D’ailleurs, chaque année, 180000 de nos brosses à dents partent en Chine. » Pour se relancer, Duopole mise aussi sur la diversité. A la gamme Bioseptyl s’ajoute celle pour la pharmacie, créée pour le laboratoire Pierre Fabre. Et ça marche : le carnet de commandes se regarnit. En avril, le tribunal de commerce de Beauvais a d’ailleurs décidé de lui laisser sa chance, en prolongeant de six mois la période de redressement. Duopole a jusqu’au 9 octobre pour trouver un repreneur.

(Duopole:ex Dupont)