PICARDIE Le "made in france" régional se porte bien

, par Michel DECAYEUX

Le courrier Picard 29 Mai 2012

Le « produire en France » ne se porte pas si mal dans la région. Exemple chez Decayeux, dans le Vimeu, et chez Majencia à Noyon.

Quand le PDG a fini de parler, dans la cour du siège social on entend un coq s’égosiller. Bienvenue au pays du « made in France » ! Au loin, des champs de colza tirent leurs longs draps jaunes. Tandis qu’au cœur du village, c’est la brique qui domine. À Feuquières-en-Vimeu (Somme), la grosse entreprise du coin s’appelle Decayeux. Du nom éponyme de son créateur en1872. Depuis tout ce temps, elle produit des serrures, des boîtes aux lettres et bientôt de nouveau des coffres-forts. Le tout exclusivement à Feuquières, 3000habitants, où elle constitue une véritable institution. À la sixième génération, trois frères - Nicolas, Stéphane et Antoine - tiennent les rênes de la société familiale. Au mois d’avril, Nicolas, le financier de la fratrie, a succédé à son père, Étienne, au poste de PDG. « Ici le patron et l’ouvrier ne font qu’un », affirme le nouveau président, qui dans sa jeunesse a passé ses vacances à travailler aux ateliers. Derrière des découpeuses à commandes numériques, ils sont aujourd’hui 250 qui sortent 1,5million de boîtes aux lettres métalliques par an. Familiales ou collectives, la boîte Decayeux se reconnaît par sa forme et ses couleurs chatoyantes. Une production qui place la société en tête du marché européen.

Le « produire en France », thème récurrent de la dernière présidentielle, Decayeux en a toujours fait un argument. Tout en étant conscient que d’autres peuvent faire la même chose. Signe de sa notoriété, la marque est d’ailleurs souvent copiée à l’étranger. Plutôt que défendre à tous crins le « made in France », le PDG préfère en revenir aux fondamentaux de la bonne gestion d’une entreprise. « Nos produits sont bons. Mais c’est surtout son adaptationaux contraintes du marché qui a fait l’entreprise », explique Nicolas Decayeux. « Mon père a toujours eu le souci d’inventer et de déposer des brevets qui nous ont permis d’être réactifs quelle que soit la situation. » Depuis1990, Decayeux possède ainsi un parc de machines-outils qui autorise les changements de production à tout moment selon la demande.

Une réactivité de tous les instants Une flexibilité bien utile en période de ralentissement... Comme en2008 quand Decayeux a dû concéder une baisse de 20% de son chiffre d’affaires. Pour s’en sortir, elle a décidé d’accepter toutes les commandes. Même en faibles quantités et au dernier moment. « Aujourd’hui, on n’a jamais plus de 10 jours de visibilité », constate le PDG. « C’est le court terme absolu. Il faut être flexible et déployer dix fois plus d’énergie qu’autrefois. »

L’autre arme de Decayeux, c’est une logistique de « guerre » : toute boîte aux lettres commandée est livrée dans les trois jours n’importe où en France. Côté salariés, cette stratégie n’a pas été sans conséquences. Les ouvriers ont dû accepter de travailler le samedi ; le travail de nuit peut se décréter quelques jours avant seulement. « Ici, on a le respect de l’outil de travail. Quand il faut faire le sprint, tout le monde court. Decayeux n’a jamais connu une grève », affirme le PDG. « Quant à la direction, elle est grégaire ! Dès lors qu’une décision est prise, vous tapez un Decayeux, vous les tapez tous ! »

Pour faire face, la société a encore demandé à ses trois bureaux d’études de mettre les bouchées doubles. Parmi ses innovations, la société a mis au point un nouveau système de portes blindées sécurisées pour les handicapés.

L’Allemand Ju devient picard Alors que plus d’une entreprise s’est cassé les dents sur la rigueur bancaire, Decayeux, elle, a pu compter sur la solidité de ses fonds propres. Ces dernières années, elle s’est même payé le luxe de racheter le leader polonais de la production de verrous, et la filiale « boîtes aux lettres » de Brabantia, premier en Hollande. Pour couronner le tout, en2011 elle a repris Ju, numéro deux allemand, l’un de ses principaux concurrents. Une acquisition qu’elle n’a rendue publique qu’un an plus tard.

Chantre de la diversification, la société va prochainement se relancer dans la production de coffres-forts domestiques pour répondre à la demande du marché français qui a ressurgi avec la crise. Un marché abandonné dans les années quatre-vingt-dix... à cause de la concurrence chinoise. Dans la foulée, Decayeux rapatriera à Feuquières sa production de coffres pour les banques... délocalisée à Casablanca (Maroc) depuis1970.