Les territoires inégaux face aux restructurations

, par Michel DECAYEUX

29/05 les échos

Fortement touchée ces dernières années, la Picardie semble résister, mais l’inquiétude grandit dans le Nord-Pas-de-Calais.

Ile-de-France, Alsace, Nord-Pas-de-Calais, la carte des emplois perdus et des fermetures d’usines sur les cinq premiers mois de l’année établie par le cabinet Trendeo a de quoi faire froid dans le dos alors que les annonces de restructurations se multiplient.

Troisième région industrielle, le Nord-Pas-de-Calais a perdu plus de 2.000 emplois et, sur le terrain, la CGT évoque 22 sociétés où pèsent de grosses menaces. Meryl Fiber est le cas le plus grave : le seul repreneur possible vient de jeter l’éponge laissant 340 salariés sur le carreau. L’usine automobile Sevelnord (2.500 salariés) n’a toujours pas trouvé de solution au départ de Fiat et les acteurs sociaux pointent la menace des suppressions diffuses. Pour l’heure, l’intérim, indicateur avancé de l’emploi, affiche en Nord-Pas-de-Calais un recul de 1,75 % seulement en début d’année, très inférieur à la moyenne nationale (- 5,4 %). Ce chiffre s’est dégradé en mars (- 7,6 %), mais reste meilleur que la moyenne française (- 12,4 %). En Alsace, après avoir encaissé, selon les chiffres du consultant, 2.668 suppressions d’emplois, l’inquiétude des experts porte sur le papetier Stracel que le suédois UPM veut vendre, Lohr Industrie, Caddie, et même la Coop d’Alsace où se négocie un plan de départs volontaires de 400 personnes environ.

Avoir une image précise de la situation n’est pas simple alors que près de 31.000 emplois ont été perdus depuis le début de l’année, selon Trendeo, sur toute la France. En Rhône-Alpes, les services administratifs n’ont pas connaissance d’une vague de plans sociaux à venir. « La situation est difficile mais pas catastrophique », assure un fonctionnaire. Mais les ruptures conventionnelles, alternative aux licenciements, ont augmenté de 10 % l’an dernier pour atteindre le nombre de 29.500. Et le rythme semble se confirmer en 2012. Aoste a annoncé la fermeture de son unité de tranchage en Ardèche. Malgré les reclassements proposés, l’administration demande à la direction de réduire le nombre de licenciements. Dans le même département, la suppression initiale de 182 postes envisagée par Chomarat sera réduite, les salariés ayant accepté de réduire leur temps de travail.

En Eure-et-Loir, l’un des départements les plus industrialisés de la région Centre, l’administration constate depuis deux mois que les suppressions d’emplois sont davantage le fait de procédures collectives devant le tribunal de commerce que de plans de sauvegarde de l’emploi classiques. « Habituellement c’est plutôt l’inverse, observe-t-on dans les services. Ce n’est pas bon signe, car lorsque les entreprises s’adressent directement à la justice, c’est qu’elles n’ont plus d’autre recours. » Depuis le début mars, on dénombre ainsi 236 suppressions d’emplois pour 13 liquidations ou redressements judiciaires. L’ Aquitaine retient son souffle, les principales industries régionales, défense, spatial, aéronautique, qui conditionnent la vie d’une cohorte de sous-traitants, vont mieux. En revanche, le BTP craint des pertes d’emplois, notamment à cause de la concurrence espagnole et portugaise qui, en panne de contrats à domicile, a passé les Pyrénées.

Les politiques anticrise peuvent-elles avoir de l’effet ? Après avoir perdu 25.000 emplois dans l’industrie entre 2008 et 2010, la Picardie compte et recompte les défaillances d’entreprises : 99 en 2008, 131 en 2009, « seulement » 110 en 2011. « De janvier à mai 2011, nous avons dénombré 15 PSE concernant 633 personnes. Sur la même période, ce chiffre s’est élevé cette année à 13 PSE et 490 personnes », estime un porte-parole des services de l’Etat en région. Etat et collectivités ont mis en place une cellule spéciale, baptisée « Mission d’intervention économique et sociale » (MIES). Parmi les dossiers en cours : la reprise de l’usine Still de Montataire (260 salariés) ou l’avenir de l’usine Goodyear d’Amiens pour laquelle les négociations auraient d’ailleurs repris entre la direction et la CGT. « Notre action marche : 60 % des ex-salariés de Continental à Clairoix ont retrouvé un emploi ou bénéficient d’une formation », poursuit le responsable.

En Franche-Comté, durement touchée ces dernières années, on constate un meilleur taux d’utilisation des mesures de chômage partiel et un recours plus important aux programmes de sécurisation des parcours professionnels. Il n’empêche : le tribunal de commerce de Lons-le-Saunier doit se prononcer aujourd’hui sur le dossier de l’équipementier auto MBF Technologies (450 salariés) en redressement depuis le 1 er juillet.