Europe : la faillite des plans de relance

, par Michel DECAYEUX

JN 24.05.12

Face à la crise, partout sur le Vieux Continent des plans de relance ont été mis en place, cumulant, en un étrange mélange, investissements keynésiens et austérité toute libérale.

Le résultat ? Des Etats ruinés, des peuples révoltés, des entreprises étranglées. L’Espagne affronte un chômage de masse, l’Italie craint le retour des années de plomb, l’Angleterre s’inquiète pour son secteur financier et la Grèce n’a jamais été si près d’une sortie de l’euro. les 7 indicateurs ci après démontrent l’ampleur de l’échec des plans de relance.

Le chômage au plus haut

C’est peu dire que les mesures pour favoriser l’emploi ont échoué en Espagne et en Grèce, dont les taux de chômage respectifs atteignent désormais 24% et 22%. Un chômage de masse qui marquera les deux pays pour des générations, retardant l’entrée des jeunes sur le marché du travail et tirant les salaires vers le bas. Dans le reste de l’Europe, la situation est évidement moins grave mais le chômage est reparti à la hausse en France et en Italie (de plus en plus vite chez cette dernière) et amorce à peine sa décrue au Royaume-Uni. Seule l’Allemagne tire son épingle du jeu avec une situation de l’emploi qui s’améliore depuis début 2010.

Commerce extérieur : les déséquilibres persistent

Au premier trimestre 2012, l’Allemagne a exporté pour 55 milliards de dollars de biens de plus qu’elle n’en a importés. En France, c’est 24 milliards de dollars... de moins. Depuis le début du siècle, seule l’Allemagne affiche une balance constamment positive. L’Italie et l’Hexagone y parvenaient de peu il y a dix ans mais ces temps sont révolus, avant même la crise pour la France. Les plans de relance ? Sans effet ou presque : le déficit s’aggrave chaque trimestre un peu plus en France et au Royaume-Uni depuis 2009, l’Espagne et l’Italie se redressent pour atteindre l’équilibre et la balance de la Grèce reste stable mais négative.

Emprunts d’Etat : la confiance a quitté la zone euro

Il fut un temps où la zone euro inspirait la confiance, au point de faire oublier les différences de fondamentaux de ses économies nationales. Jusqu’à la crise, les taux de rémunération des obligations de long terme de l’Allemagne, de l’Espagne, de la France et de l’Italie étaient quasiment identiques et très proches de ceux des obligations américaines, valeur refuge par excellence. Las, en avril 2012, l’Allemagne empruntait à 1,62% contre 5,79% pour l’Espagne, 5,63% pour l’Italie et 2,99% pour la France qui décroche sérieusement depuis l’été 2011. La Suisse, autre pays refuge, voit ses taux tomber toujours plus bas. La Grèce a quant à elle dépassé les 21%...

Des croissances anémiques

Les forts taux de croissance du PIB ont depuis longtemps déserté la vieille Europe. Avec la crise, même les taux modérés sont partis. Et les plans de relance n’y ont apparemment pas changé grand-chose. Résultat, en 2012, la Grèce devrait voir son PIB chuter de 4,7% selon Eurostat, l’Espagne de 1,8% et l’Italie de 1,4%. La France, elle, est, attendue en croissance de... 0,5%, tout comme le Royaume-Uni. L’Allemagne est une nouvelle fois le bon élève de la classe mais avec un bien maigre +0,7%. Pendant ce temps-là, les Etats-Unis devraient connaître une croissance de 2%.

Les entreprises coupées du crédit

Entre leur besoin de réduire leur bilan et leurs inquiétudes sur l’économie européenne, les banquiers n’ont visiblement plus beaucoup de place pour accorder leur confiance aux entreprises et leur prêter de l’argent. Au 4e trimestre 2011, 37% des banques européennes interrogées par la BCE avouaient ainsi avoir durci leurs conditions d’octroi de crédit. Au premier trimestre 2012, 14% des banques en faisaient de même. Une inquiétude grandissante depuis le début de l’année 2011.

Les entrepreneurs n’ont plus le moral

Même les services ont perdu la foi. Alors que l’indice de confiance économique dans ce secteur est majoritairement positif depuis le début du siècle, le voici qui replonge en zone euro au diapason de ceux de l’industrie et du commerce de détail depuis la rentrée 2011. Autre "surprise", l’indice de confiance économique du commerce est à un niveau inférieur à celui de l’industrie, même s’il se redresse légèrement depuis février.

Les dettes publiques au plus haut

Avec la crise, les rentrées fiscales des Etats ont chuté augmentant les besoins de financement. Les plans de relance ont, eux, accentué les dépenses, creusant les déficits et rendant plus cher les coûts de financement. Résultat, la dette publique des pays européens a fortement augmenté ces dernières années, tout comme son poids dans les PIB, d’autant plus que ces derniers ont au mieux très légèrement progressé, au pire franchement reculé. C’est ainsi que l’Italie se retrouve par exemple avec une dette publique représentant 120% de son produit intérieur brut contre 106% début 2007. Aujourd’hui, seule l’Espagne est encore au-dessous de la barre des 80%. Quant à la Grèce, sa dette dépasse désormais 160% de son PIB.